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la persistance du souvenir attaché à certains mots, censés familiers à la jeunesse de l'auteur, qui explique ces particularités de son récit.
André conduit aussitôt son frère près du Sauveur. Dans la perspective chronologique de la narration, la rencontre des deux frères et le retour à Jésus appartiennent à la même journée que la vocation de l'anonyme et d'André. L'objection qu'on peut tirer de l'heure tardive, puisque l'entretien des disciples avec Jésus n'a fini qu'au soir, est sans conséquence dès qu'on admet le caractère artificiel et didactique du cadre. Placer la rencontre de Pierre et d'André le soir, en remett^mt au lendemain le retour près de Jésus, ou bien renvoyer le tout, soit au lendemain, soit à un des jours suivants, ne serait qu'un expédient exégétique. Ou tous ces faits ont eu lieu le même jour, ou il est impossible d'en déterminer avec précision le rapport chronologique. La dernière hypothèse est d'autant préférable, que les paroles de Jésus à Pierre ont toute chance de n'avoir pas été prononcées au lieu et à la date qu'on serait tenté de leur assigner d'après le contexte.
Jésus porte sur Simon ce regard qui pénètre au fond des cœurs et y reconnaît les élus du Père : « Tu es Simon fîls de Jean, lui ditil; tu t'appelleras Céphas », nom que l'on traduit par Pierre, ajoute l'évangéliste K L'extrême concision du récit a induit beaucoup d'interprètes à conjecturer que le Sauveur avait interpellé Simon par son nom et celui de son père, sans que personne les lui eût appris D'autres pensent qu'André avait eu le temps de l'en instruire. Mais cette connaissance des noms est quelque chose de tellement accessoire dans la circonstance qu'on peut se demander si l'évangéliste a seulement pensé à la présenter comme miraculeuse. 11 faut dire néanmoins que l'interprétation la moins rationaliste est la plus conforme à son esprit. Ce qui importe, dans le cas présent,
1. Ss. : (c Tu es Simon, fils de Jona ; tu t'appelleras Céphas, — ce qui se traduit en grec par Pierre. » L'interprète a omis, comme n'ayant pas d'objet en araméen, l'explication du mot rabbi et celle du mot Messie
2. « Antequam cum illo colloqueretur, antequam ad se Petrus accederet, solo inLiiilu cognovit, et cujus esset filius, et qui vocaretur, et quod est majus, qualis, quantusque futurus esset, ut ex hac anticipata praedictione suam illi indicaret divinitatem, et ad credenda majora mystei-ia excitarot, ut Chrysostomus, Cyrillus, Aug-ustinus, Theophylactus, liJeda, Euthymius observarunt. » Maldo- NAT, II, 444.
LES PREMIERS DISCIPLES
est le changement de nom, par lequel Jésus témoigne connaître la vocation providentielle de Simon. Certains commentateurs protestants s'efforcent d'attribuer au nom de Pierre une signification qu'on pourrait dire psychologique : Jésus, pressentant la vigueur de caractère qui était en Simon, nonobstant certaines apparences contraires d'impressionnabilité et de mobilité, l'aurait nommé Pierre ^. Cette interprétation, qui veut être anticatholique, est d'abord antiévangélique. Un critique sans parti pris ne peut méconnaître le rapport étroit - qui existe entre ce passage et celui de Matthieu 3^ où la signification du nom de Pierre est indiquée et même développée. Non seulement la formule « Simon fils de Jean » fait écho à (( Simon fîls de Jona ^ », mais la construction même et l'antithèse de la phrase : « Tu es Simon fils de Jean..., tu t'appelleras Céphas », correspondent à ce qu'on lit dans le premier Évangile : « Tu es heureux, Simon fils de Jona..., et moi je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. •> Si Jean ne donne pas plus d'explication, c'est qu'il était sûr d'être compris en rappelant seulement le nom de Pierre. Il n'en signifie pas moins dans la vocation de Pierre l'institution de l'Eglise judéochrétienne.
Un point moins facile à éclaicir est celui de la circonstance historique où le nom de Pierre a été attribué pour la première fois à Simon. L'on peut soutenir que la formule : « Tu t'appelleras Pierre », laisse entendre que Simon n'est entré que plus tard en possession réelle de son surnom symbolique. Telle est sans doute l'arrière-pensée de l'évangéliste, mais ce n'est pas le sens direct de la ])hrase. Il semble que cette question du moment à partir duquel Simon s'appellera Pierre ne soit pas directement visée, mais seulement la garantie du surnom, avec tout ce qu'implique le nom de Pierre \ Marc paraît vouloir dire que ce nom fut attribué à Simon lorsque Jésus choisit les douze apôtres. Il semblerait, d'après Matthieu, que l'attribution du nom de Pierre ait été comme la réponse de Jésus à la décla-