VI
LES PREMIERS DISCIPLES
science qu'il a eue de sa mission s'est développée en lui, et que sa conduite à Tég-ard de la foule et de son entourage a été en rapport avec le progrès intérieur de sa pensée et de ses desseins. Rien de pareil ne se remarque dans TEvang-ile johannique : le Verbe incarné apparaît dès l'abord dans la plénitude de son rôle messianique, se déclarant Fils de Dieu, et reconnu en cette qualité par ceux qui croient en lui. De même que la promesse de Jésus à Pierre est rattachée à sa vocation, la certitude et l'expression dernière de la foi des disciples sont reportées au début de leurs relations avec le Sauveur. A moins de considérer comme purement artificiel le plan général de la narration synoptique, il est impossible d'admettre que les premiers entretiens du Sauveur aient été résumés, par ceux qui les avaient entendus, dans la formule : « Nous avons trouvé le Messie », et que Jésus lui-même ait favorisé une telle conclusion. L'espèce de transposition théolog-ique, déjà constatée pour la prédication de Baptiste, se poursuit ici dans les entretiens de Jésus et des disciples; on peut dire qu'elle se poursuivra d'un bout à l'autre de l'Evangile. Elle s'est faite comme d elle-même, non que Fauteur ne l'ait pas voulue, mais il ne s'est pas donné la peine d'en méditer les conditions ni d'en mesurer l'étendue. Ce n'est peut-être pas sans intention qu'il définit la foi d'André et de Simon, apôtres judéochrétiens, dans le terme juif de Messie.
], 43. Le lendemain, il voulut s'en aller en Galilée, et il trouva Philippe. Et Jésus lui dit : « Suis-moi. » 44. Et Philippe était de Bethsaïde, la ville d'André et de Pierre. 45. Philippe trouva Nathanaël et lui dit : (( Celui sur qui Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l'avons trouvé : (c'est) Jésus fils de Joseph, de Nazareth. » 46. Et Nathanaël lui dit : « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? » Philippe lui dit : (( Viens et vois. » 47. Jésus vit Nathanaël qui venait à lui, et il dit de lui : u Voici vraiment un Israélite, en qui n'est aucun déguisement. » 48. Nathanaël lui dit : « D'où me connais-tu? » Jésus répondit et lui dit: « Avant que Philippe t'appelât, je t'ai vu sous le figuier. » 49. Nathanaël lui répondit : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël. » 58. Jésus répondit et lui dit : « Parce que je t'ai dit que je t'avais vu sous le fig-uier, tu crois? Tu verras plus que cela. » 51. Kt il lui dit : « En vérité, en vérité je vous (le) dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme. »
Après la vocation de Simon-Pierre, l'évangéliste raconte celle de Philippe et de Nathanaël. « Le lendemain », c'est-à-dire, en sui-
vant la perspective chronologique adoptée depuis le commencement du récit, et qui est à prendre bien plutôt pour le fil de la narration que pour une donnée d'histoire, deux jours après la première rencontre de Jésus et du Précurseur, Jésus « voulut sortir pour la Galilée ' ». La formule est un peu singulière. On s'eilbrce généralement de lui donner un sens très vulgaire, comme si Tauteur avait voulu dire que Jésus, au moment où il se disposait à partir pour la Galilée, trouva Philippe. On substitue même, dans l'explication, le mot (( retourner » au mot « partir », sans se demander si Tévangéliste n'aurait pas eu quelque raison spéciale d'employer celui-ci de préférence à celui-là. Mais les mots du quatrième Evangile sont à peser avec soin, parce qu'ils ont d'ordinaire un sens profond. Ce n'est pas pour rien que Jean parle d'une volonté du Christ 2. Celle-ci est la première qu'il ait pu mentionner, c'est la détermination que prend Jésus, sous l'influence de l'Esprit, de se rendre en Galilée. L'évangéliste indique un départ et non un retour^ parce qu'il n'a pas dit que Jésus soit venu de Galilée. Il le suppose, mais il aime mieux se taire sur ce point, parce qu'il présente au lecteur le Verbe incarné, Jésus , sur qui l'Esprit vient de descendre, le Christ^ qui commence, en quelque façon, d'exister sur la terre. Le Christ va se manifester d'abord en Galilée, et c'est pour cela qu'il veut y aller Les commentateurs se demandent d'oii Jésus part, de la maison où il a vu les disciples, ou bien de la région où Jean baptisait. Pour l'équilibre apparent du récit, la seconde hypothèse paraît préférable; et la première, si l'on considère la signification symbolique du voyage. On se demande aussi en quel endroit Jésus rencontre Philippe. Le Sauveur est-il encore dans la Pérée, ou bien est-il déjà en Galilée? Les modernes qui entendent comme une simple notice historique la proposition : « Il voulut s'en aller en Galilée », supposent que la rencontre se fit au moment du départ. Les anciens, qui attribuaient au mot « vouloir » toute la force qu'il a réellement dans la pensée de l'évangéliste, admettaient volontiers que le « vouloir » de Jésus
1. V. 4.3, TTj £-a'jp[Ov rjOïÀrjaev èÇeXOeiv eî; trjv FaXiXatav.