Luc, XIX
A. LoisY. — Le quatrième Évangile. l7
LE O^^ATRIÈMR ÉVANGILE
mieux pour figurer l'économie de la Loi ancienne ; et Jésus dit de Nathanaël qu'il est un véritable Israélite, comme il a dit de Zachée qu'il est un vrai fils d'Abraham. Cet Israélite est saint Paul ^ qui était sous le figuier d'Israël ~, et que Dieu destinait à l'apostolat de son Fils ; il a refusé de croire à Jésus de Nazareth, sur la parole des apôtres g-aliléens qui montraient en lui le Messie annoncé par les prophètes, mais il a cru à la voix du Christ lui révélant lui-même le secret de sa vocation Nathanaël pourrait donc bien n'être pas, dans l'histoire évangélique, un personnage beaucoup plus réel que le disciple anonyme. On peut dire qu'il fait mine d'être Matthieu le publicain, et qu'il est, en réalité, Paul le pécheur, à qui des visions surnaturelles ont manifesté les secrets de Dieu et du monde céleste.
Philippe, parlant en son nom et au nom des autres disciples, dit à Nathanaël : « Nous avons trouvé celui qu'annoncent Moïse et les prophètes », c'est-à-dire le Messie prédit dans les Ecritures, et ce Messie est « Jésus fils de Joseph, de Nazareth ». Cette manière d'alléguer les prophéties anciennes est plus chrétienne que juive ^ ; l'idée répond à celle qu'André exprimait plus haut : « Nous avons trouvé le Messie. » Pour l'évangéliste, ce sont deux variantes du même discours. La formule : u Jésus fils de Joseph, de Nazareth », est tout à fait naturelle dans la bouche de Philippe. Strauss et d'autres critiques en ont conclu que l'auteur du quatrième Evangile n'admettait ni la conception virginale, ni la naissance de Jésus à Bethléem. Le fait est qu'il n'en parle pas. On peut dire qu'il n'aurait pu en tenir compte dans le discours qu'il prête à Philippe, sans aller contre la tradition historique de l'Evangile, attendu que, pendant la durée de son ministère, Jésus a été le prophète de Nazareth, et que ses disciples eux-mêmes le croyaient fils de Joseph. Mais le souci de la vraisemblance ne va pas très loin chez l'auteur du quatrième Evangile, et s'il avait admis positivement la conception virginale du Christ, s'il l'avait regardée comme un accomplissement de la prédiction