‹ Le quatrième évangileChapitre 211 sur 857 · Cf. J. Réville · texte numérisé non relu

Cf. J. Réville

LES PREMIERS DISCIPLES

d'Isaïe il n'aurait pas fait dire à Philippe, alléguant les prophéties en faveur de Jésus, que le Christ était fils de Joseph. Son attitude à l'égard des récits de l'enfance dans Matthieu et dans Luc, si toutefois il a connu ces récits, a été expliquée plus haut ~. Pour lui, le Christ, selon son humanité, était fîls de <( la vierge fille de Sion ». Quand il parle de la mère de Jésus, c'est à Israël qu'il pense, non à Marie.

La communication de Philippe éveille d'ahord chez Nathanaël un sentiment de surprise qui se traduit avec une simplicité toute populaire : « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? )> La question signifie c[ue Nazareth est le dernier endroit de la Palestine où l'on s'attendrait à voir paraître le Messie. On n'explique pas sufïîsamment cette opinion par le fait que Nazareth n'était pas mentionnée dans l'Ecriture, surtout dans les endroits messianiques, ou bien que c'était un lieu trop insignifiant pour être la patrie du Messie. Les paroles de Nathanaël feraient supposer que Nazareth était en assez mauvaise réputation, au moins dans la région galiléenne. Pour quels motifs, le texte ne le dit pas. Il s'agit de Nazareth, non de la Galilée en général. Nathanaël est censé galiléen, et il n'a pas l'intention de jeter le mépris sur son paj^s. On a conjecturé assez gratuitement que Nazareth n'a été en fâcheuse renommée que chez les chrétiens, à cause de l'accueil peu bienveillant qu'y trouva la prédication de Jésus et que l'évangéliste avait commis une sorte d'anachronisme en faisant de Nazareth un bourg mal famé ^. Jean, qui a évité de conduire Jésus à Nazareth, ne songe pas davantage à faire allusion à cette histoire. Au fond, la difficulté de Nathanaël n'est que 1 objection juive contre l'origine du Christ: est-ce de Nazareth que le Messie peut et doit venir? Mais l'objection paraît avoir été accentuée ici en vue de la couleur locale, comme si l'homme de Cana parlait dédaigneusement d'un autre bourg.

Philippe ne discute pas l'objection, qui du reste ne comporte pas de réfutation directe. Il invite Nathanaël k s'assurer par lui-même de la vérité. Rien n'est tel que l'expérience pour dissiper les préjugés. Cependant la pensée de l'évangéliste, en reproduisant les paroles: « Viens et vois », ne va pas directement à cette vérité,

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