I, 43. Cf. siupr. p. 2U
LES NOCES DE CANA
rédigé cet exorde pour piquer la curiosité des interprètes et se donner le plaisir de ne pas la satisfaire, on devrait reconnaître qu'il a pleinement réussi. Pourquoi Jésus venait-il à Cana? Est-ce Nathanaël qui l'y amenait? Sa mère lui avait-elle fait dire qu'elle y était pour les noces de quelque parent? Ou bien Marie n'habitait-elle plus Nazareth '? Une seule chose paraît ressortir du texte, c'est que Marie était arrivée aux noces avant Jésus. 11 n'est pas dit qu'elle habitât Cana ~. Le conclure de ce qu'on n'a pas signalé son départ de Nazareth, et de ce qu'elle paraît tout à fait chez elle dans la maison nuptiale, ou bien encore de ce que les frères de Jésus, dont on ne signale pas la présence aux noces, étaient néanmoins à Cana, puisqu'ils s'en iront de là avec Jésus et sa mère à Capharnaûm, est tirer trop large parti du silence de l'évangéliste sur des détails (jui n'importent pas à son but. Jean, qui n'a point marqué l'itinéraire de Jésus, devait-il indiquer celui de sa mère? Si l'on suit simplement la perspective indiquée par l'évangéliste, Jésus se trouve à Cana, comme par hasard, en cheminant à travers la Galilée : il y vient parce que c'est le lieu providentiellement déterminé pour son premier miracle. On supposera, si l'on veut, que sa mère était venue de Nazareth, avec ses frères, qui sans doute étaient de la noce; mais comme ces circonstances n'intéressent pas le symbolisme du récit, le narrateur les sous-entend sans autre explication. Les disciples furent invités à cause de Jésus. Ces disciples ne sont pas seulement les cinq dont la vocation a été racontée,
1. On a même voulu savoir qui étaient les mariés. L'évangéliste ne se doutait pas que plusieurs auteurs du moyen âge supposeraient que lui-même était l'époux, et qu'il avait quitté immédiatement sa femme pour suivre Jésus. Un passage mal compris de saint Jérôme a pu favoriser cette opinion singulière ou même y donner lieu : <( Petrus apostolus est, et Joannes apostolus, maritus et virgo ; sed Petrus apostolus tantum ; Joannes et apostolus, et evangelista, et pro-
pheta Exposuit virginitas quodnuptiae scire non poteranl. » Ad.Jovin. I, 26
(P. /. XXIII, 247-248). On a cru (et Maldonat lui-même adopte cette interprétation, tout en refusant de penser que Jean ait été le marié de Cana) que les mots maritus et virgo se rapportaient tous les deux à Jean. Le sens est évidemment : « Pierre est apôtre, et Jean est apôtre ; l'homme marié et l'homme vierge (sont tous deux apôtres) ; mais Pierre n'est qu'apôtre, tandis que Jean est apôtre, évangéliste et prophète. » Il est dit dans les Actes (apocryphes) de Jean, que cet apôtre était sur le point de se marier quand Jésus l'appela, et cette assertion se retrouve dans d'autres documents de l'ancienne littérature chrétienne. Mais il n'y est pas question de Cana. Voir Corssen, 92-96.