‹ Le quatrième évangileChapitre 220 sur 857 · Opinion adoptée par Renan et d'autres critiques · texte numérisé non relu

Opinion adoptée par Renan et d'autres critiques

mais, d'une manière g-énérale, la troupe qui accompagnera désormais le Sauveur dans ses courses apostoliques : il n'est pas plus nécessaire d'amener a Gana les cinq disciples déjà connus que de les regarder comme étant les seuls disciples présents. Mais si Jésus a déjà beaucoup d'autres disciples, c'est que les quatre journées du chapitre précédent, avec les faits qui les remplissent, correspondent à une période dont les limites réelles ne sont pas indiquées.

Gomme les fêtes nuptiales duraient sept jours, les commentateurs se persuadent volontiers que Jésus et ses compagnons survinrent quand les réjouissances touchaient à leur fin, et que la provision de vin se trouva épuisée par suite de cette affluence de convives sur lesquels on n'avait pas compté. L'évangéliste s'abstenant de toute réflexion sur la cause de l'accident, qu'on doit juger providentiel, il est assez téméraire de la conjecturer. Au lieu de favoriser l'idée que les fêtes auraient été commencées avant l'arrivée de Jésus, le texte ordinaire donne plutôt à entendre que le Sauveur entra inopinément dans Gana, juste à temps pour y prendre part, tandis que sa mcre, y ayant été régulièrement priée, l'avait précédé et avait même été associée de manière ou d'autre aux préparatifs. A ceux qui parlent d'un mariage de pauvres gens, qui n'auraient pu avoii" assez de vin pour les invités, on objecte la présence d'un maître d'hôtel et de nombreux domestiques. Le service était donc assez honnête. On devrait dire que le narrateur a fait un choix de traits convenables au symbolisme du miracle, sans se préoccuper autrement des circonstances réelles et même sans remarquer les lacunes de son récit. Une variante acceptée par Tischendorf, sur la foi du manuscrit Sinaïtique, mais assez mal vue des autres critiques du texte, parce que c'est une leçon occidentale, donnerait peut-être une meilleure entrée en matière. Au lieu de : <( Et le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont pas de vin ^ », plusieurs manuscrits de l'ancienne Vulgate, d'accord avec le manuscrit du Sinai. lisent : « Et ils n'avaient pas de vin, parce que le vin des noces était épuisé. Alors la mère de Jésus lui dit : Il n'y a pas de vin » Glose évidente, observent les partisans du texte commun, explication destinée à éclaircir l'obscurité de la leçon

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LES NOCKS DE CANA

authentique K Et cette conclusion a toute apparence de raison, surtout pour les critiques habitués à compter les témoig-nag-es et à considérer comme suspecte toute leçon qui n'est pas recommandée par le manuscrit Vatican. Il est vrai pourtant que les témoins de la variante ne sont pas à dédaigner, que le texte en est tout à fait johannique d'expression et de forme 2, tandis que la leçon vulgaire n'a pas de parallèle dans l'Évangile et pourrait tout aussi bien avoir été substituée à l'autre, pour n'avoir pas l'air de répéter deux fois la même chose ^, et parce qu'on ne la comprenait pas. Dire : (( ils n'avaient pas de vin, parce que le vin des noces était épuisé », semble une tautologie, si les personnes qui n'ont pas de vin sont celles qui l'ont bu. Mais tel ne paraît pas être le sens de la variante. Les convives qui manquent de vin sont Jésus et ses disciples, sans doute parce qu'on les suppose arrivés sur la fin du repas, le premier jour des noces, le seul auquel pense l'évang-éliste, et que la provision de vin préparée pour la fête avait été bue par les premiers invités. C'est pourquoi la mère de Jésus le prévient, disant : « Il n'y a pas de vin. » Cette façon de présenter les choses est très naturelle et tout à fait intelligible; elle a de plus l'avantage de mieux s'adapter, comme on le verra bientôt, à l'allégorie que l'auteur ne perd pas de vue, même quand il paraît s'attacher au détail de l'histoire. Qu'on veuille bien oublier, pour un moment, le texte ordinaire et son interprétation, afin de lire sans parti pris cette introduction au miracle : « Et le troisième jour, il se faisait un festin de noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus fut invité aussi avec ses disciples à ce festin. Et ils (les convives, mais principalement les derniers nommés) n'avaient pas de vin, parce que le vin du festin était (déjà) épuisé (quand les survenus se mirent à table). Alors la mère de Jésus lui dit : Il n'y a pas de vin » (pour continuer la fête). N'est-il pas vrai que tout s'enchaîne ? Les difficultés qui peuvent se présenter devront être prises en dehors du texte, et il n'y a plus d'obscurité dans le récit. On remarquera que la mère ne dit pas : « Il n'y a plus de

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