‹ Le quatrième évangileChapitre 228 sur 857 · V. 10. orav [xeOuaOtoaiv · texte numérisé non relu

V. 10. orav [xeOuaOtoaiv

l'autre pour la fin. Gomme le vin a manqué avant la fin du repas, il est permis de penser que les invités de Cana étaient parfaitement capables d'apprécier le bon vin qui leur fut présenté en dernier lieu. Mais c'est encore un point dont l'évangéliste n'a cure. A vouloir trancher la question par les témoignag-es historiques, on trouverait que Tivresse est assez facilement associée, dans la Bible, à l'idée de festin, et il n'est pas prouvé que la présence de Jésus aurait empêché les convives de boire autant qu'on avait coutume de laire en pareille occasion. Le symbolisme du récit fait que l'évangéliste ne songe guère aux premiers convives, qui ont bu le vin des noces ; ivres ou non, ils n'en ont pas eu assez, puisque le vin a manqué avant que la fête fût terminée ; le bon vin n'est pas tant pour eux que pour les derniers venus, pour le repas dont Jésus devient comme le président, et qui n'est pas exposé comme l'autre à finir dans la disette.

« Tel fut », conclut l'évangéliste, « le premier des miracles que fit Jésus », le miracle qu'il fit « à Cana de Galilée » ^ Il ne s'agit pas du premier miracle fait à Gana, comme s'il y en avait eu d'autres en cet endroit que l'Evangile n'a pas mentionnés, ni même du premier miracle galiléen, comme si Jésus avait pu déjà en faire d'autres ailleurs, mais du premier miracle que fît le Sauveur. L'endroit est rappelé parce qu'il devient important à raison même de cette circonstance du premier miracle. G'est par là que Jésus commença de « manifester sa gloire », c'est-à-dire la puissance divine 'du Verbe éternel, qui apparaissait dans son humanité. Ainsi l'évangéliste ne considère pas comme des miracles proprement dits, des « signes », les faits qui ont décidé la conversion des disciples. Gette première manifestation de « gloire » affermit leur foi. Quelle impression les gens des noces en eurent-ils ? Les interprètes qui pensent qu'une bonne provision de vin resta dans les caves de l'époux n'osent pas affirmer que la famille se convertit. Dans la pensée de l'évangéliste, ce miracle est fait pour les disciples, et la « gloire » de Jésus ne s'est révélée qu'à eux en cette circonstance. Le miracle de Gana complète l'œuvre de leur vocation. Ge qu'il advint du maître d'hôtel et des convives est en dehors de la perspective, et il serait bien superflu de le conjecturer.

Jésus ne resta pas longtemps à Gana. Après ce miracle, et sans

1. V. H. TaÛTrjv Irioi'riaev âpyrjv xwv ar)[j.£U))v ô 'Irjaoïi; Iv Kavà t^; Fa^iXaiaç.

LES NOCES DE CANA

qu'on nous dise comment se termina le festin des noces, « il descendit », de la rég-ion montagneuse où se trouve Gana, « à Capharnaûm », près du lac de Tibériade, avec sa mère, ses frères et ses disciples. Les frères sont mentionnés ici pour la première fois: ce sont évidemment les mêmes qui figurent dans les Synoptiques K On n'est pas obligé d'admettre qu'ils demeuraient à Gana, ou que Jésus alla les chercher à Nazareth avant de se rendre à Gapharnaûm. Leur présence aux noces, à côté de Marie, avait d'autant moins besoin d'être signalée d'abord, que l'évangéliste se serait vu dans la nécesrité d'observer que le miracle ne les toucha pas. Il lui suffira de dire plus loin ~ que les frères de Jésus ne croyaient pas en lui. Ges « frères » du Seigneur appartiennent encore à la catégorie des invités anonymes, des premiers convives, qui ont bu le vin des noces, et dont il n'y a pas lieu de parler à propos du miracle, qui est pour eux comme non avenu. Les disciples accompagnent Jésus et sa famille. Toute la petite société s'installe à Gapharnaûm, mais pour peu de jours, parce que .la fête de Pâques était proche, et que Jésus devait se rendre, à cette occasion, dans la capitale, pour y faire l'inauguration publique de son ministère. Ge séjour à Gapharnaiim est comme une halte avant le voyage de Jérusalem. Il paraît contraire à la pensée de l'évangéliste d'admettre que Jésus aurait alors prêché ou fait des miracles. Ge que les Synoptiques racontent touchant la prédication du Sauveur à Gapharnaûm doit être renvoyé après l'arrestation de Jean-Baptiste, qui, selon le quatrième Evangile 3, est postérieure aux premières prédications de Jésus à Jérusalem et en Judée. Au fond, la mention de Gapharnaûm n'est que pour faire droit à la tradition synoptique ^ et ménager la transition au récit suivant ; la mention de la mère et des frères, qui semblent suivre régulièrement Jésus, pourrait bien être destinée à corriger l'impression fâcheuse que laisse certaine démarche racontée dans les premiers Evangiles

Parmi les exégètes contemporains, les uns regardent ce récit comme historique, soit qu'ils conservent le miracle, soit qu'ils l'éli-

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