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ablutions des Juifs », parce que ses lecteurs sont des chrétiens de la gentilité, à qui les coutumes juives sont inconnues ou étrangères, et aussi parce que lui-même ne se sent pas juif. Jésus vient donc à Jérusalem, à l'occasion de la Pâque. On ne dit pas que ce fût pour la célébrer ; dans Tesprit de la narration, ce n'est pas la fête, mais la manifestation de « gloire » qui est la raison du voyage. C'est pourquoi l'auteur va droit au fait, montrant Jésus dans le temple, c'est-à-diredanslacour des Gentils, en face des marchands, nombreux surtout aux approches de la fête, qui vendaient les victimes et les denrées accessoires des sacrifices, ou qui pratiquaient le change des monnaies pour les redevances du sanctuaire. Jésus « trouva dans le temple des gens qui vendaient » : nouvelle rencontre providentielle qui donne lieu au Fils unique de faire éclater la puissance qu'il a reçue du Père. Les bœufs, les moutons, les colombes représentent les trois sortes de victimes qui servaient aux sacrifices. Un véritable marché s'était établi afin de procurer aux Israélites de tous pays qui fréquentaient le saint lieu tout ce dont ils avaient besoin pour satisfaire aux obligations légales ou à leur propre dévotion. Les changeurs étaient là pour fournir de petite monnaie juive ceux qui devaient déposer quelque offrande en argent. Jésus, s'étant fait un fouet avec des cordes, chasse toutes les bêtes, bœufs et moutons ^ ; il disperse la monnaie des changeurs, en renversant les tables, et il ordonne aux vendeurs de colombes d'emporter leur marchandise. La réflexion : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic », se trouve rattachée à cet ordre, bien qu'elle s'adresse réellement à tous les marchands et aux changeurs, et qu'elle résume le discours que Jésus leur adresse à tous, dans le récit parallèle des Synoptiques : « N'est-il pas écrit : Ma maison sera proclamée maison de prière pour toutes les nations? Et vous en avez fait une caverne de voleurs » La citation disparaît, et Jésus parle en son propre nom, demandant qu'on respecte la maison de son Père. 11 ne parle pas de vol, car le seul trafic déshonore la maison de Dieu et doit être considéré comme une idolâtrie.
Ce n'est pas motif pour réduire l'action de Jésus à une
1. V. 15. T.dyxixi; âÇéoaXev èx to'j Upoù' ta xs npooaxct xai ro'j; [îoaç. Le mot Tiavra; ne se rapporte pas aux personnes, mais aux deux sortes d'animaux qui sont mentionnées ensuite par manière d'explication.
2. Marc, xi, 17. La citation prophétique vient d'is. lvi, 7; Jéu. vu, 11.
simple tentative de réforme ^ : du moins cette tentative nous estelle présentée comme un acte du Fils de Dieu, un acte messianique, et on ne peut guère douter que l'évang-éliste n'ait pensé au texte de Malachie - : « Voici que j'envoie mon messager, pour préparer le chemin devant moi, et tout à coup viendra à son temple le Maître que vous cherchez, et l'Ange de Talliance, que vous désirez. Le voici qui vient, dit lahvé Sebaoth. Et qui pourra supporter le jour de sa venue, qui pourra subsister quand il apparaîtra? Il purifiera les fils de Lévi..., pour qu'ils soient à lahvé des sacrificateurs pleins de justice. » Les Synoptiques ont appliqué à Jean- Baptiste et au Sauveur la première partie de ce texte. Pourquoi l'auteur du quatrième Évangile n'aurait-il pas vu l'accomplissement du reste dans la visite de Jésus au temple? Et s'il faut chercher en dehors de l'histoire la raison pour laquelle ce fait inaugure le ministère public du Sauveur, ne pourrait-on la trouver dans le rapport immédiat que la prophétie semble établir entre l'envoi du messager précurseur et la venue du Maître, de l'Ange de l'alliance, qui, dans la pensée du prophète, est lahvé lui-même, et qui, dans la pensée de l'évangéliste, n'est pas autre que Jésus? Au cas où l'on objecterait que l'évangéliste ne semble pas attacher une importance capitale à la purification du temple, et que la pointe du récit doit être contenue dans la parole qui sert de conclusion : « Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours », parole que l'auteur dit devoir s'entendre du corps de Jésus, il est facile de répondre qu'une pensée n'exclut pas l'autre, et que Jean, outre ce qui était pour lui le sens direct du texte prophétique, c'est-à-dire la visite de Jésus au temple, entendait de l'incarnation et de la descente de l'Esprit sur Jésus la formule : « Et tout à coup viendra à son temple le Maître que vous cherchez, l Ange de l'alliance que vous désirez. » La visite au temple serait, comme la descente de l'Esprit, une représentation figurée de l'incarnation, et il convenait de ne pas trop éloigner l'une de l'autre. De tels rapprochements, qui semblaient tout naturels aux Pères de l'Église, nous paraîtront toujours un peu étranges, et beaucoup les croient invraisemblables; ils sont pourtant dans le goût de l'évangéliste, qui s'en sert pour classer et interpréter les données traditionnelles. Il est possible
1 B. Weiss, 119. Brandt, 480.
2 Mal. m, 1-3.
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que l'auteur, en abrégeant la citation des Synoptiques, ait pensé au passage de Zacharie ^: « En ce temps-là, il n'y aura plus de marchands dans le temple de lahvé Sebaoth. »
L'évangéliste n'avait pas dit que les disciples fussent venus avec Jésus à Jérusalem, soit parce que le détail était sans importance, soit parce que la signification mystique du récit s'arrangeait mieux de cette omission. Dans la réalité, ils avaient accompagné leur Maître, et sa conduite est censée leur avoir rappelé le passage du psaume - :<( Le zèle de ta maison me dévore ^. » Le sens premier et direct de cette explication n'est pas que le zèle de Jésus pour la pureté du sanctuaire causera sa mort, mais que ce zèle Lagite et le ronge intérieurement par l'indignation que lui inspirent les abus dont il est témoin, par le désir intense qu'il a de les faire cesser, par l'ardeur avec laquelle il s'emploie à les combattre. Mais Jean a pu songer en même temps à la passion et à la mort de Jésus, comme objet éloigné de la prophétie. Le psaume tout entier a été de bonne heure considéré comme messianique.
Quelques interprètes ont essayé de renvoyer « le souvenir » des disciples longtemps après l'événement, comme plus loin le souvenir des paroles de Jésus est renvoyé après sa résurrection. Telle n'est pas la pensée de l'auteur, qui oppose l'attitude des disciples à celle des Juifs. Les disciples, témoins de cette manifestation messianique, en sont d'autant plus confirmés dans leur foi qu'ils y reconnaissent l'accomplissement des prophéties, tandis que les Juifs ne vont rien entendre ni à l'acte du Sauveur ni à l'explication qui leur en sera donnée. Ce n'est pas que les disciples, « étonnés euxmêmes de ce qui se passait sous leurs yeux ^ », aient eu besoin de la prophétie pour le comprendre ; croyant déjà que Jésus est le Messie, ils constatent, et l'évangéliste constate avec eux, que l'Écriture rend témoignage à Jésus
« Les Juifs » qui demandent au Christ de fournir une preuve de sa