Cf. V
A. LoisY. — Le quatrième Évangile. 19
LE QUATRlÈxME ÉVA^GILE
mission sont les mêmes qui ont envoyé interrog-er le Précurseur ^, c'est-à-dire les membres du sanhédrin, principalement les chefs du sacerdoce, gardiens officiels du temple. Ils ne demandent pas pourquoi les vendeurs ont été expulsés, la chose en elle-même n'étant pas répréhensible, et la discussion sur ce point ne pouvant qu'être assez désagréable pour les prêtres chargés d'assurer le respect du lieu saint. La façon la plus naturelle de poser la question aurait été de dire, comme dans les Synoptiques : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t'a donné pouvoir pour le faire ? - » Il semblerait que les chefs des prêtres ont vu dans ce qui vient de se passer un acte de prétention messianique et qu'ils invitent Jésus à prouver par un miracle sa qualité de Messie. Sans doute ils pourraient demander un signe pour autoriser sa mission de réformateur ou de prophète ■^ et cette demande même paraîtra légitime, si l'on veut admettre que l'action de Jésus n'était pas incontestablement messianique, ni l'expulsion des vendeurs un miracle évident ^. Mais on doit considérer la pensée de l'évangéliste plutôt que les vraisemblances historiques. La réplique de Jésus laisse entendre qu'un signe n'était pas nécessaire pour le moment, et que, par conséquent, dans l'économie du récit, l'expulsion des vendeurs est un sig-ne suffisant pour les âmes de bonne volonté. Jésus dit : « Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours. » D'après l'explication qui sera donnée un peu plus loin de cette parole, la réponse équivaut à un refus de sig-ne proprement dit, tout comme la parole du Sauveur dans les Synoptiques ^ : (( Cette génération mauvaise et adultère réclame un sig-ne, et il ne lui en sera pas donné d'autre que celui du prophète Jonas. » Jean a même compris le signe de Jonas comme le rédacteur du premier Evangile et il a entendu ce signe des trois jours passés par le prophète dans le ventre du poisson. Quel que soit le rapport de cette idée avec l'histoire, il semble évident que, pour l'évangéliste, Jésus a manifesté sa gloire dans l'expulsion des vendeurs ; que cet acte était à la fois messianique et miraculeux ; que