‹ Le quatrième évangileChapitre 240 sur 857 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

LES VENDEURS DU TEMPLE

même façon. Un tel expédient aurait fait sourire le g-rand Orig-ène, qui ne se croyait pas obligé de nier les contradictions matérielles de l'Ecriture. L'illustre exégète ne discute même pas l'hypothèse de la double expulsion, comme si elle n'avait pu s'offrir à l'esprit d'un critique aussi perspicace, et il défie avec une douce ironie ceux qui s'imaginent que les écrivains inspirés s'accordent toujours matériellement, de s'en tirer cette fois à leur honneur. Il est disposé, pour son propre compte, à interpréter comme une allégorie les deux versions et à supprimer la réalité des divergences en supprimant la réalité du fait K Les critiques modernes les plus autorisés ne vont pas jusque-là. Tout en admettant, avec Origène, que l'objet du récit est identique de part et d'autre, ils croient, avec saint Jérôme, que cet objet est réel. Mais ils sont partagés sur la question de date, les uns trouvant plus vraisemblable la combinaison de Jean, qui fait de l'expulsion des vendeurs le premier acte du ministère public de Jésus, les autres étant persuadés que l'arrangement des Synoptiques est préférable au point de vue de l'histoire.

Dans le dernier séjour de Jésus à Jérusalem, disent les partisans de la première opinion, lorsque le Sauveur annonçait la ruine de la ville et du temple, la purification du saint lieu aurait été une provocation sans motif, à moins qu'on ne la prenne, avec Strauss, pour le contraire de ce qu'elle a été, pour une démonstration contre le temple même et contre les sacrifices ; d'autre part, Jésus ne pouvait mieux inaugurer son ministère qu'en protestant contre la corruption du culte national, au centre même de la religion israélite ; on dit que l'enthousiasme populaire qui se manifesta lors de son entrée solennelle à Jérusalem lui fournissait un appui pour une action aussi hardie, mais il n'en était pas besoin pour combattre un abus que toute âme pieuse devait désapprouver; la réserve ordinaire de Jésus ne permet guère de penser qu'il aurait donné prise à ses en émis, au milieu d'une situation aussi menacée que celle où il se trouvait lors de la dernière Pâque ; si l'auteur du quatrième Evangile avait fait une anticipation, il aurait dû modifier le récit, et il n'y ajoute qu'un seul trait, l'emploi du fouet ; enfin l'on peut douter que la forme des paroles adressées par Jésus aux vendeurs soit moins bien conservée chez Jean c(ue dans les Synoptiques, ou

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