Cf. IV, 41-42, 50; xx
à l'égard du Messie qui lui était donné. Les Juifs auraient été disposés à prendre Jésus pour ce qu'il n'était pas, le héros prestigieux d'une restauration nationale : le Christ ne pouvait aller à eux ni compter sur eux, parce qu'ils étaient incapables de le suivre où il aurait voulu les mener. <( 11 les connaissait tous et il n'avait pas besoin qu'on l'avertît » de se tenir en garde contre des conversions si fragiles. Il pouvait se passer de renseignements sur chacun de ceux qu'il trouvait sur son chemin, « car il savait bien lui-même », et sans qu'il lui fût nécessaire de s'informer, « tout ce qu'il y avait dans » le cœur de « chacun ». L'évangéliste ne veut pas dire que Jésus observait et connaissait les hommes par sa propre expérience, mais qu'il connaissait, par lui-même et avant expérience, les dispositions morales des hommes qu'il rencontrait. C'est pourquoi il ne se laissait pas prendre aux apparences ; mais lorsque l'occasion s'en présentait, il expliquait, d'ailleurs sans succès appréciable, la foi parfaite à ceux qui venaient l'interroger, comme on le voit par l'exemple de Nicodème.
NICODÈME (jEAN, m, 1-21 )
Le colloque de Jésus avec Nicodème est le pendant johannique de ce qu on lit dans les premiers Evangiles touchant le magistrat qui demanda au Christ ce qu'il fallait faire pour posséder la vie éternelle ^. La réponse historique du Sauveur posait les conditions morales de l'admission au royaume des cieux, sans préoccupation de rite ni considération théolog-ique sur l'économie du salut. Selon le quatrième Evangile, le royaume de Dieu est intérieur aux croyants, anticipé dans l'Eglise. On y est initié par un acte symbolique qui représente et opère la régénération spirituelle; et la régénération est coordonnée à la foi que réclame pour lui-même le Fils envoyé du ciel pour sauver le monde. Cette foi se substitue à la pénitence et au renoncement que le Christ synoptique exige de ceux qui veulent entrer dans le royaume des cieux.
ui, 1. lit il y avait un des pharisiens, appelé Nicodème, magistrat des Juifs. 2. Il vint le trouver de nuit et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es venu de la part de Dieu (comme) docteur; car nul ne peut l'aire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est pas avec lui. » 3. Jésus répondit et lui dit : « En vérité, en vérité, je te (le) dis, si Ton ne naît à nouveau, on ne peut voir le royaume de Dieu. » 4. Nicodème lui dit : u Comment un homme peut-il naître étant vieux ? Peut-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et renaître? » 5. Jésus répondit : « En vérité, en vérité, je te (le) dis, si Ton ne naît de Teau et de l'esprit, on ne peut entrer dans le royaume de Dieu. 6. Ce qui est né de la chair est chair, et
1. Cf. Marc,'x, 17. La question de la vie éternelle est sous-entendue dans Jean, m, 2. Dans Luc, xviii, 18, celui qui interroge le Sauveur est dit apyo)v, comme Nicodème. L'incapacité de celui-ci à comprendre le mystère du salut correspond à l'attitude du chef synoptique devant les exigences morales de l'Évangile (Marc, x, 22; Matth. xix, 22; Luc, xviir, 23). Holtzmann, 70. Ce qui est dit de l'origine céleste de Jésus, v. 13, est la contre-jKirtio de Mauc, x, 18; Luc, XVIII, 19 (cf. Matth. xix, 17). Grill, 341.
ce qui est né de Tesprit est esprit. 7. Ne fétonne pas de ce que je t'ai dit : Il faut que vous naissiez à nouveau. 8. I^'esprit souille où il veut et tu en entends le bruit, mais tu ne sais d'où il vient ni où il va ; ainsi en est-il de quiconque est né de l'esprit. »
Cette conversation se rattache étroitement à la remarque générale qui a été faite sur les résultats du ministère de Jésus à Jérusalem K Nicodème est le type des croyants imparfaits - qui veulent bien reconnaître en Jésus, à cause de ses miracles, un docteur envoyé de Dieu, mais à qui la proposition de TEvangile spirituel paraît d'abord une énigme indéchiffrable. Gomme beaucoup d'autres récits johanniques, celui-ci débute par les indications indispensables pour situer le discours, et Tinstruction s'achève pour le lecteur, sans aucun souci du personnage et de la circonstance qui en fournissent l'occasion.
Il y. avait donc, parmi les Juifs de Jérusalem que l'on dit avoir cru en Jésus à cause des miracles qu'il faisait, un homme appelé Nicodème, qui était pharisien et membre du sanhédrin. C'est en qualité de docteur de la Loi qu'il appartenait à la haute assemblée. Son nom est grec, mais Tusage de noms propres grecs était fréquent alors chez les Juifs palestiniens. Le Talniud connaît un Nicodème contemporain de la ruine de Jérusalem, dont le nom juif était Buni, et qui aurait été disciple de Jésus. Cette tradition rabbinique peut dépendre de l'Evangile. Nicodème vient trouver le Sauveur en secret, pendant la nuit, pour ne pas se compromettre, et on ne voit pas qu'il ait jamais professé ouvertement sa foi en Jésus ^. Il est probable que l'obscurité de la nuit figure, ainsi que l'ont pensé plusieurs Pères, l'ignorance de Nicodème et de toute la catégorie dont il est le représentant, quoique la conclusion du discours '\ touchant les hommes qui ont préféré les ténèbres à la lumière, ne s'applique pas directement à lui ni à un