‹ Le quatrième évangileChapitre 255 sur 857 · Cf. I, 43; II · texte numérisé non relu

Cf. I, 43; II

2. De carne Chrisli, 18 : « Quod in carne natum est, caro est, quia ex carne naluniest,... et quod de spiritu natum est spiritus est, quia Deus spiritus est, et de Deo natus est ». Le texte est cité deux fois sans addition dans s. Gyprien, et une fois avec la seconde addition, par Nemesianus de Thubunas (S. Cyprien, éd. Hartel, I, 47, 140, 439).

NICODÈME

est aussi celle de la version syriaque dite de Gureton ^ : « Ce qui naît de la chair est chair, parce quil est né de la chair ^ et ce qui est né de l'esprit est esprit, parce que Dieu est esprit et quil (l'homme spirituel) est né de Dieu. » On admet g-énéralement que ces deux additions sont de pure paraphrase ; elles ne laissent pas d'être dans la manière de Févang-éliste, conformes à sa pensée, et nécessaires, du moins la dernière, non seulement pour que le discours ne soit pas, relativement à Nicodème et au lecteur, un log-og-riphe inintelligible, au lieu d'un symbole à double entente, mais pour qu'il contienne réellement ce qu'il veut exprimer. On peut dire, il est vrai, que la concision du texte primitif appelait la glose, et que la masse des témoins doit prévaloir. Mais ne pourrait-on répondre que l'emploi équivoque du mot « esprit» dans le contexte, et l'apparente inutilité de ce développement expliqueraient aussi bien qu'on l'ait supprimé ? Le rapport du texte occidental avec ce qui est dit dans le prologue touchant la génération spirituelle, surtout si l'on adopte pour ce passage la leçon de TertuUien, est particulièrement frappant 2. Qui sait si les deux passages n'ont pas été corrigés en même temps, pour la même raison ou pour des raisons fort analogues, dans l'édition canonique du quatrième Evangile? Tous les deux rentraient dans la perspective johannique de l'incarnation et tendaient à montrer en Jésus le premier-né de l'eau et de l'esprit. On trouve plus loin un autre passag-e où la même perspective était accusée, et qui paraît aussi avoir subi une mutilation voulue. La même cause pourrait donc avoir produit, dans tous ces endroits, les mêmes effets. Quoi qu'il en soit du texte, le sens n'est pas douteux, et les divers étages de la pensée évangélique apparaissent nettement. De même que le monde, au commencement, est né de l'eau et de l'esprit ou du souffle de Dieu, par la vertu de la parole divine ^,

1. Ss. n'a pas l'addition : « parce qu'il est né de la chair », et contient la seconde sous cette forme : « parce que Dieu est un esprit vivant », leçon qui a tout l'air d'une retouche par rapport à l'autre. Les additions se rencontrent encore dans quelques mss. de l'ancienne Vulgate et dans le ms. grec 16d, sous la forme : oxi iv. xf^q aapxôç àysvvrjOrj, oxi sx xou 7rv£u[jLaTo'? saxiv. S. Ambroise, De Spir. III, 11, accuse à tort les ariens d'avoir mutilé ce passage.

2. Cf. I, 13, en lisant oç.... i^evyr'firi [supr. pp. 166, 183), et ni, 6, en ajoutant OTi ô 6£o; Tcvsjrxâ iiTiy, aclI Ix Oeou ÈysvvrJOT].

3. III, 34, où il faut sans doute lire : « Car il (Dieu) ne mesure pas l'esprit à son Fils. »

4. Gen. I, 2. Toute la tradition chrétienne a fait ce rapprochement, et chaque

ainsi la création spirituelle des vrais fils de Dieu naît de Teau et du souffle divin par la vertu de la Parole incarnée ; le Christ luimême, le premier-né, le chef de la génération nouvelle, Ta inaug-urée, comme en a témoigné Jean-Baptiste, sur la foi du Père céleste, après avoir vu Tesprit descendre sur Jésus baptisé.

La vie nouvelle acquise par cette naissance ne se reconnaît pas à une marque extérieure, car il serait contraire à sa nature d'être sensible. Que Nicodème ne soit donc pas surpris qu'on parle d'une nouvelle naissance dont lui-même et ses pareils ont besoin pour avoir accès au royaume de Dieu, et qu'il ne s'arrête pas à la difliculté que lui suggère l'expérience de la vie naturelle. La naissance et la vie dont il s'agit, ayant dans l'esprit leur principe, ne se jugent pas à la mesure de la naissance et de la vie corporelles. N'est-il pas vrai que l'esprit (vent) souffle où il veut, que la cause de son mouvement ne lui est pas extérieure, qu'on l'entend sans le voir, qu'on ne peut douter de sa réalité, bien qu'on ne puisse le saisir, et qu'on ne sache pas d'où il vient ni où il va? Ceux qui sont nés de l'esprit sont comme le vent qui souffle K Leur vie spirituelle est réelle, quoiqu'on ne voie pas d'où elle procède, ni où elle tend. Elle tient existence, activité, direction, de l'esprit, qui est invisible.

On ne doit pas voir dans cette explication une simple comparaison de l'esprit avec le vent, ou bien il faudrait dire que le discours est équivoque au lieu d'être symbolique. Les idées, très distinctes pour nous, de l'esprit et du vent, se réunissent dans l'idée du souffle divin, et si l'on hésite à mettre dans l'Évangile la confusion etle vaguequi existent chez les anciens auteurs bibliques, du moins faudra-t-il reconnaître que l'Esprit-Saint et le vent de la Pentecôte sont associés, dans la pensée de l'évangéliste, aussi étroitement que peuvent l'être le symbole de l'eau et l'idée de la régénération. Le Christ ressuscité ne donnera-t-il pas le Saint-Esprit aux Apôtres en soufflant sur eux

année FÉglise dit, en bénissant les fonts baptismaux : « Deus cujus Spiritus super aquas inter ipsa mundi primordia ferebatur, ut jam banc virtutem sanctificationis aqiiarum natura conciperet. »

1. Témoins occidentaux, Ss. Se. : « Ainsi en est-il de quiconque est né de l'eau et de Tesprit. Les critiques pensent que l'addition ly. lou uSato; vient du v. 5, et cette opinion est vraisemblable. Toutefois la mention de l'eau serait tout à fait selon la pensée et le style johanniques (cf. 1 Jean, v, 6, 8), et l'omission pourrait s'expliquer par l'influence du contexte immédiat.

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