Gf.iv, 14; vil
NICODÈME
qu'on reg-arde Teau comme un terme réel et symbolique, tandis qu'on prend d'abord l'esprit pour un terme réel (Esprit-Saint), puis le vent pour un terme symbolique, bien que, dans tout le discours, Teau et l'esprit soient à la fois des termes réels et symboliques, ayant même sens et même objet, et qui sont accouplés tout simplement parce que la notion du baptême chrétien les imposait tous les deux à l'évang-éliste.
Dire que Jésus n'a pu faire à Nicodème un discours sur le baptême chrétien, ou que la conception johannique de la génération spirituelle n'a rien à voir avec le baptême, et que l'esprit n'est pas pour Jean le principe de la vie éternelle ^, est supposer ce qui est en question. S'il est une chose évidente pour le critique non prévenu, c'est que l'évangéliste, dans cet entretien du Sauveur avec Nicodème, reprend, pour la développer, l'idée qu'il a simplement énoncée dans le prologue, touchant la naissance des enfants de Dieu. Le rapport du baptême et de l'esprit avec cette naissance, l'idée de l'esprit qui devient vie dans l'homme, sont johanniques au même titre que la notion même du Verbe incarné ; car ce rapport et cette idée^ appliqués à Jésus, constituent la perspective et la définition de l'incarnation. Aussi bien, quand Jean parle de la chair n'a-t-il pas en vue « la chair du péché », mais la nature humaine comme telle, abstraction faite de l'obstacle que le péché met à la naissance spirituelle.
m. 9. Nicodème répondit et lui dit : « Gomment cela peut-il se faire? » 10. Jésus répondit et lui dit : « Tu es le docteur d'Israël, et tu ne sais pas cela! 11. En vérité, en vérité, je te dis que nous parlons de ce que nous savons, et que nous attestons ce que nous avons vu ; et vous ne recevez point notre témoig"nag"e. r2. Si je vous parle des choses terrestres et que vous ne croyiez pas, comment croirez- vous, si je vous parle des choses célestes? 13. Et nul n'est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de Thomme, qui est dans le ciel. 14. Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, 15. afin que tout croyant ait en lui la vie éternelle. 1(3. Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. 17. Car Dieu n'a pas envoyé le Fils dans le monde pour qu'il jug-e le monde, mais pour que le monde soit sau\'é par lui. 18. Celui qui croit en lui n'est pas juj^é;
celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. 19. Or voici le jugement : c'est que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. 20. Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient blâmées; 21. mais celui qui accomplit la vérité vient à la lumière, pour que ses œuvres soient manifestes, parce qu'elles ont été faites en Dieu. »
(( Gonament cela peut-il se faire ? » remarque Nicodème. La question ne permet pas de dire ce qu'il a compris au précédent discours. On va sans doute plus loin que ne veut l'évangéliste, lorsqu on admet que Nicodème, voyant bien qu'il s'ag-it d'une régénération spirituelle, demande simplement une explication sur la manière dont cette régénération peut s'accomplir. Il ne semble pas avoir fait le moindre progrès depuis Tinstant où il a dit : « Gomment un homme peut-il naître, étant vieux ? » Sans doute il a bien entendu que la vie dont parle Jésus n'est pas un recommencement de la vie présente ; mais sait-il mieux de quoi Jésus parle? Jésus lui-même va s'étonner qu'il ignore « ces choses ». 11 n'est pas surprenant qu'on ignore le « comment » de la régénération spirituelle : le Sauveur vient de dire qu'on ne le sait pas. Le fond de la question reste donc toujours aussi obscur pour l'interrogateur, et l'idée même de la génération spirituelle lui échappe, tout aussi bien que l'intelligence de sa possibilité et des moyens qui la procurent ^ G'est pourquoi Jésus dit : (( Tu es le docteur d'Israël et tu ne sais pas cela ! » Une ironie légère est contenue dans cette réponse \ (( Le docteur d'Israël » ne représente pas toute la science des scribes, mais c'est un docteur en grande réputation. Gomme tel, il devrait connaître les Ecritures, oii, s'il n'est pas question de nouvelle naissance, il est souvent parlé de l'esprit et de sa puissance créatrice. Il n'y a pas lieu de faire intervenir ici le devoir de la docilité aux envoyés de Dieu, recommandé aussi dans l'Ancien Testament, puisque Jésus n'a rien dit encore de la foi.
En face de ce docteur ignorant, le Ghrist se déclare le vrai docteur d'Israël et du monde : « En vérité, en vérité, je te dis que nous
1. " Simplicius esse arbitrer, quod Chrysostomus, Theophylactus et Euthymius videnLiir indicare, de summa quaoslioiiis Nicodemum loqui, quomodo hoiiu) iLeruin nasci possit. » Maldonat, II, 48."}.