IIOLTZMANN
LE QUATRIÈIWE ÉVANGILE
cifîer, le conduira à la gloire par le supplice, c'est qu'il veut, par ce moyen, procurer au monde la vie éternelle. « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. » Le « monde » s'entend ici des hommes que Dieu appelle au saliît, et en tant qu'ils y sont appelés, que plusieurs y parviennent i. 11 y a un monde livré au mal, pour lequel Jésus ne fera même pas une prière Le Père « a donné son Fils ». Après ce qui a été insinué du crucifiement, il est peu probable que ce don se rapporte en g-énéral à la mission du Christ sur la terre ^ et ne vise pas principalement sa mort lors même qu'on ne devrait pas entendre u donner » au sens de « livrer, abandonner », mais dans le sens ordinaire de « faire présent^ ». Livré à la mort, ou donné au monde, celui dont on parle est le Fils de l'homme, élevé en croix pour être élevé en gloire. Dans l'usage de la langue johannique, le <( Fils monogène » est plutôt le Verbe •incarné que le Verbe avant Tincarnation, bien qu'il puisse désigner l'un ou l'autre. Il paraît nécessaire d'attribuer à cette qualification une portée métaphysique, et impossible delà ramener à l'idée de « fils chéri ~ » ; tout au plus peut-on soutenir que, la notion du « Monogène divin » ou du « Fils monogène » étant à la fois métaphysique et historique- la relation du Monogène au Père est conçue en même temps comme transcendante et morale, fondée sur l'origine et traduite en amour.
C'est pour l'accomplissement d'un dessein d'amour que le Fils monogène a été envoyé sur la terre. Il n'est pas venu pour juger le monde ; il est venu pour le sauver, pour sauver du moins, en effet, tous ceux qui voudront croire. Cette assertion du Christ johannique va directement contre l'idée que les Juifs se faisaient du Messie et de son rôle. L'essentiel de la fonction messianique était le jugement ; Jésus déclare que c'est le salut. Quant au jugement, il se fait de lui-même, sans que le Fils ait à s'en occuper autrement, par la