SciIANZ
7. B. Weiss, 143-144. Cet auteur renvoie à i, 14, 18, où il trouve aussi Texpression d'un rapport d'amitié. Cf. Schanz, 180.
NICODÈME
distinction radicale qu'établissent entre les hommes l'acceptation ou le refus de la foi en celui que Dieu a envoyé. Celui qui croit n'est ni jugé ni à jug-er; il a la vie éternelle, il est sauvé. Celui qui ne croit pas n'a pas non plus besoin d'être jug'é, car il l'est déjà; il est condamné, il est perdu, « parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu ».
Mais une conception si nouvelle du jugement divin a besoin d'être expliquée. C'est pourquoi Jésus, ou l'évangéliste, car on ne sait plus bien maintenant qui est censé avoir la parole, décrit le fait avec plus de détails. Le thème de « la lumière » est donné en éclaircissement au thème de « la vie ». L'auteur n'a-t-il pas dit, dès le commencement, que la vieétait venue dans le monde, et qu'elle était la lumière des hommes, que la lumière luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne la retiennent pas ^ ? « La lumière » donc est venue dans le monde, et les hommes, c'est-à-dire le plus grand nombre d'entre eux, « ont mieux aimé les ténèbres que la lumière » ; ils n'ont pas voulu quitter les ténèbres où ils étaient, pour venir à la lumière qui s'offrait à eux; et ils ont tenu cette conduite coupable, « parce que leurs œuvres étaient mauvaises ». Une telle attitude, si absurde qu'elle soit au fond, est néanmoins facile à comprendre. (( Quiconque fait le mal », quiconque applique au mal son activité, (( déteste la lumière », qui lui révèle l'ignominie de ses actes et qui la manifeste aussi aux autres hommes ; « il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres », apparaissant telles qu'elles sont en réalité, (( ne soient blâmées », ne soient reconnues condamnables et ne le couvrent de honte. Pour éviter cette confusion, par un sentiment d'orgueil qui est aussi une preuve de faiblesse, les hommes se détournent de la lumière qui les gêne, et demeurent dans les ténèbres qui leur agréent. Ainsi se jugent-ils eux-mêmes ; en s'éloignant de la lumière, ils se privent de la vie. « Celui », au contraire, « qui fait la vérité », réglant sa conduite sur la vérité divine qui s'est révélée à son âme, u vient à la lumière » ; et non seulement il ne la craint pas, mais il la recherche, « de façon que ses œuvres apparaissent » ce qu'elles sont, des œuvres « faites en Dieu », c'est-à-dire issues de sa grâce, conformes à sa volonté, accomplies pour lui.
Puisque « la lumière » est la révélation chrétienne, il faut que
(( la vérité » connue et pratiquée avant la venue de la lumière soit distincte de celle-ci. Que la révélation de l'Ancien Testament soit comprise dans cette vérité, il n^est pas nécessaire de le prouver; mais on aurait tort d'établir une équation parfaite entre les deux termes. On ne parle pas seulement des Juifs, mais des « hommes ». C'est dans l'humanité tout entière qu'il faut chercher et ceux qui, avant l'incarnation, étaient dans les ténèbres, se livrant à des œuvres mauvaises, et ceux qui, sans jouir encore de la pleine lumière, pratiquaient la vérité, étant orientés déjà vers la lumière et la vie éternelle. Avant les apologistes du second siècle, l'auteur du quatrième Evangile admet une révélation incomplète et préliminaire du Verbe, dont les Gentils eux-mêmes ont proQté ^, et qu'il ne faut pas réduire à la seule voix de la conscience, aux vérités de raison ou aux bonnes œuvres de la morale naturelle Rien n'invite à placer « la vérité » et « la lumière » dans deux ordres différents ; l'une et l'autre appartiennent à la même économie de salut.
Cette théorie du jugement peut encore passer pour une « chose céleste », une vérité spirituelle, interprétation d'un symbole messianique, moyennant laquelle on maintient la coïncidence du jugement avec la manifestation du Messie, tout en supprimant ce qui, dans le symbole, était le principal, à savoir le caractère extérieur, visible, et on peut même dire matériel de la punition. L'évangéliste n'abandonne pas cependant la donnée synoptique du jugement dernier, mais il la dédouble, sans la détacher de ses origines judaïques, pour en faire une réalité actuelle, qui se produit dans le domaine de la foi, et un symbole eschatologique, dont l'accomplissement au delà des temps sera comme la conclusion ou la consommation de ce qui a lieu maintenant. 11 fait un jeu de mots et un jeu d'idées. Le terme qu'il emploie signifiant « jugement » et « discernement », Jean donne à entendre que « le jugement » n'est autre chose que le » discernement » des bons et des méchants, opéré par le fait de la prédication évangélique, et par l'attitude que les hommes prennent à son égard. Cette ingénieuse combinaison de pensées se fait par le moyen de la langue grecque. Il ne faudrait pas croire qu'elle remplace tout à fait la conception traditionnelle du