‹ Le quatrième évangileChapitre 270 sur 857 · Vv · texte numérisé non relu

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pas décisif en faveur de cette hypothèse ; ou bien il faut exclure du discours, à cause du mot a monde » et du verbe au passé, la déclaration : (( Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique ». A ce compte, il faudrait tout contester; car l'artifice du dialogue, avec ses doubles sens, n'est pas mieux en situation que les idées exprimées dans le monologue. L'évangéliste y a aussi sa part, que le plus fin exégète ne démêlera jamais, avec toute la précision désirable, de la donnée traditionnelle qui y est exploitée, à moins de reconnaître que cette donnée traditionnelle est simplement la matière fournie par les Synoptiques aux spéculations de l'auteur. Vu la méthode ordinaire de celui-ci, la présence d'éléments johanniques dans les discours n'est pas un argument contre leur attribution toute didactique au Sauveur lui-même. Ces discours ont un sens plein, qui est celui de l'évangéliste, et ils sont arrangés de façon à présenter un sens littéral moins profond, qui apparaît comme celui de l'histoire, sans être autre chose qu'une sorte de compromis entre le fond traditionnel et l'enseignement que l'écrivain y rattache. Autant il est certain que la doctrine propre de l'évangéliste se montre de plus en plus à mesure que le discours s'achemine vers sa fin, autant il semble impossible de marquer un point où l'auteur voudrait parler en son propre nom. Même l'explication relative au jugement ne peut être considérée comme indépendante du discours. Celui qui a dit que le croyant n'est pas jugé, que l'incrédule l'est déjà, ne fait pas que sous-entendre la théorie spirituelle du jugement ; il l'annonce et il la doit à son auditeur. Mieux vaut donc ne point pratiquer dans ce morceau une division qui serait arbitraire, et admettre que l'ensemble, d'ailleurs tout johannique, est présenté comme discours de Jésus.

Le défaut de conclusion historique ne prouve pas que la forme de discours ait été abandonnée pour celle de simjDle exposé doctrinal ; car l'auteur du quatrième Evangile termine volontiers ses récits par l'instruction dont ils sont le point de départ. Nicodème est l'occasign de la thèse développée dans le discours, il disparaît avant que le discours s'achève. En tant qu'individu, il n'est pas précisément un homme d'œuvres mauvaises, haïssant la lumière qui le condamne; en tant que type de croyant vulgaire, incapable de s'élever à l'intelligence des choses spirituelles, il ne diffère pas beaucoup de la masse des docteurs Israélites, et la nuit qui recouvre son entrevue avec Jésus figure assez bien les ténèbres qui enveloppent le judaïsme des pharisiens.

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Il est inutile et arbitraire de supposer que cette conversation aurait eu des témoins, entre autres Jean lui-même. L'évangéliste n'a pas souci d'exactitude ni de g-aranties historiques. Dans le cas présent, l'hypothèse de témoins est contraire à l'esprit du récit ; et l'on trouvera d'autres discours qui seront rapportés sans que nul disciple ait pu les entendre.

Nicodème tient, en réalité, la place de l'homme qui, dans les Synoptiques, pose une question à Jésus touchant le moyen d'arriver à la vie éternelle K Jean développe et interprète cette anecdote en leçon générale sur l'économie du salut : nouvelle naissance, d'ordre spirituel, qui est procurée par le baptême chrétien à ceux qui sont de Dieu ; nouvelle vie donnée à ceux qui croient au Christ glorifié dans la mort; vie éternelle, qui, dès maintenant, transforme les croyants, amis de la lumière, en élus qui n'ont rien à craindre du jugement divin. A ce bel ordre de la rédemption le judaïsme, même bien intentionné, s'il demeure attaché à son lég-alisme et à son messianisme étroits, ne comprend rien ; c'est pourquoi il pourra mettre le corps de Jésus au tombeau et l'ensevelir à la mode juive -, mais il ne verra pas le Christ ressuscité.

1 . Cf. supr. p. 303. Le nom sert à fixer la personnification et n'a pas eu besoin d'être fourni par une tradition historique, bien qu'il soit d'ailleurs impossible de prouver que l'évangéliste ne l'a pas connu par cette voie et qu'il ne l'a pas recueilli pour donner plus de couleur à sa mise en scène.

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