B. Weiss, loc. cit
7. [j.£Tà Tfov 'Ir]aou. O. IIoltzmann, Das Johannes Evangeliiun, 21.
8. [j.£ià Toii 'Irjaoij, dont il était aisé de faire 'louBatou. Baldknspeuger, 66.
NOUVEAU TÉMOIGNAGE DE JEAN-BAPTISTE
dans le contexte, et supposer qu'on aura de très bonne heure, peutêtre volontairement, corrigé la leçon primitive qui semblait choquante. Toutefois, en l'absence de témoignage ancien, il ne faut voir là qu'une conjecture assez probable.
De la querelle qu'ils ont soulevée les disciples de Jean ne semblent garder qu'une impression, transmise tout aussitôt par eux à leur maître : celui à qui Jean lui-même rendait naguère témoignage baptise à son tour et fait de nombreux prosélytes. C'est cela qui les a scandalisés ; c'est cela qu'ils ne voudraient pas voir : c'est de cela sans doute qu'ils ont demandé compte à l'entourage de Jésus ou à Jésus lui-même ; c'est cet abus qu'ils viennent maintenant dénoncer à Jean-Baptiste. On remarquera que l'évangéliste prend bien soin de ne pas leur faire dire que Jean a baptisé Jésus. Gomme il a évité de le dire lui-même, il évite de le faire dire par d'autres. On est bien tenté de penser que l'omission ne vient pas seulement de ce que cette circonstance n'est pas faite en elle-même pour relever le prestige du Sauveur, mais de ce que certains adversaires du christianisme étaient disposés à en abuser pour mettre Jean au-dessus du Christ. L'évangéliste tient à renfermer le Précurseur dans son rôle de témoin. Jésus ne lui doit rien; il était simplement avec lui au delà du Jourdain, et Jean a dû lui rendre témoignage. L'assertion des disciples, que tout le monde vient à Jésus, ce qui laisse sous-entendre un délaissement, au moins relatif, de Jean-Baptiste, n'atteste peut-être pas tant la jalousie des disciples que l'intention de montrer comment Jésus, dès qu'il est entré dans son ministère, a éclipsé Jean. La pensée des disciples, ou l'objection visée par l'évangéliste, est que le baptême de Jésus n'aurait pas sa raison d'être après celui de Jean, et que Jésus lui-même devrait céder le pas à celui qui l'a recommandé. Or c'est le contraire qui est vrai, et Jean va le proclamer hautement.
« L'homme, dit-il, ne peut rien prendre, s'il ne lui est donné du ciel. » Tout avantage positif, tout succès réel vient de Dieu ; si donc Jésus réussit au point que viennent de dire les disciples, c'est que tel est Tordre divin, telle est la justice. Les disciples n'ont-ils donc pas entendu le témoignage dont ils parlaient tout à l'heure, et ne savent-ils pas que lui, Jean, ne saurait être jaloux de celui dont il s'est, dès l'abord, et même avant de le connaître, déclaré précurseur? N'a-t-il pas avoué aux prêtres et aux pharisiens venus de Jérusalem qu'il n'était pas le Christ, et ne s'est-il pas comporté
comme étant seulement envoyé devant celui qu'on accuse maintenant, et qui est vraiment le Christ ? Après avoir ainsi résumé les témoi^nag-es antérieurs, Jean-Baptiste en formule un nouveau, qui définit son rôle au moyen d une comparaison tirée des coutumes nuptiales et qui rattache l'enseignement de ce morçearti à celui des noces de Gana. Dans les noces, le principal personnage n'est pas le garçon d'honneur, c'est celui qui se marie, c'est l'époux ; le garçon d'honneur n est que son assistant, tout prêt à recevoir et à exécuter ses instructions ^, ou bien n'ayant pas d'autre plaisir que de l'entendre car sa joie ne lui est pas personnelle, c'est la joie de l'époux, et le bonheur de l'assistant consiste à en entendre l'expression dans les discours du marié. C'est Jésus qui est l'époux, et Jean le garçon d'honneur; Jean doit s'ellacer devant l'époux. Il n'a plus désormais qu'à diminuer, se faire petit, et Jésus n'a qu'à grandir et manifester sa grandeur. Ainsi Jean n'a existé que pour Jésus, et il est heureux dans ce rôle secondaire, en voyant que celui près duquel il a dû l'exercer attire à lui la foule. On ne doit pas sans doute pousser l'application de la comparaison jusque dans les détails, ni même y chercher un sens trop précis. L'analogie du règne messianique aA^ec un festin nuptial est au fond de la comparaison Dans le développement, l'intérêt se porte surtout sur l'époux et sur le garçon d'honneur, qui figurent la situation respective de Jésus et de Jean. L'idée de l'union qui existait entre Dieu et son peuple, et qui est comparée à un mariage dans l'Ancien Testament ^, a dû influer beaucoup moins sur cette comparaison que la parole de Jésus se disant lui-même époux, dans une circonstance où il est parlé des disciples de Jean-Baptiste ^. L'épouse n'est mentionnée que pour rîiarquer l'importance unique du personnage de l'époux. Elle représente néanmoins la société des élus, et, dans le cas présent, Jean fait entendre que, si tout le monde se donne à Jésus, en s'éloignant de lui-même, rien n'est mieux dans la logique des choses.