‹ Le quatrième évangileChapitre 286 sur 857 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

4. Il faut dire cependant que Jean n'aurait pas hésité, en cas de besoin, à prendre le puits de Beersabée (Gen. xxi, 22-34; xxvi, 23-33), pour le transporter à Sichem.

LA SAMARITAINE

dont révangéliste n'est pas préoccupé. Faut-il admettre que le désir exprimé par le Sauveur n'est qu'une façon de lier conversation, et qu'il songe, dès le premier moment, à l'instruction de la Samaritaine, non à satisfaire la soif qu'il éprouvait? Si le verset qui signale l'absence des disciples est à sa place, comme il paraît y être l'évangéliste insinue plutôt que Jésus demande réellement à la femme le service que lui eussent rendu ses disciples, s'ils avaient été présents. L'intention d'instruire la Samaritaine n'apparaît pas avant que celleci ait engagé la conversation. La suite de l'entretien, où il n'est plus question que d'eau spirituelle, ne prouve rien contre l'interprétation réaliste du début; car c'est ce début qui est le point de départ de l'instruction ; il appartient à la mise en scène et non à l'enseignement. Il est vrai que l'auteur l'oubliera promptement, et que l'on ne saura pas si le Sauveur a bu de l'eau prise au puits de Jacob. Mais ce procédé même est familier à l'auteur du quatrième Evangile. Pouvait-il être question de boire un verre d'eau, après les belles réflexions sur le culte en esprit et en vérité ? Une sorte d'opposition symbolique existe, à l'arrière-plan du récit, entre l'eau que Jésus demande et celle qu'il va bientôt se déclarer capable de donner : cette antithèse suppose que la prière du Sauveur n'a pas d'autre signification que celle qui résulte naturellement des termes employés par lui. On pourrait dire, cependant, que la question n'en serait pas moins faite pour la forme, si Jésus n'avait pas l'intention de se désaltérer, et cette façon d'entendre les choses ne serait pas en contradiction absolue avec la méthode ordinaire de l'évangéliste. Encore est-il que celui-ci n'a pas dû dire sans motif que Jésus était fatigué, et qu'il aura voulu plutôt donner la vraie raison pour laquelle Jésus demande à boire à la femme de Samarie.

La femme s'étonne qu'un Juif lui adresse une telle prière. Peutêtre y a-t-il dans l'expression de sa surprise une nuance d'ironie satisfaite. Les Juifs ne font pas aux Samaritains l'honneur de leur parler quand ils n'ont pas besoin d'eux. Quelques manuscrits ' n'ont pas l'explication, presque superflue après que la Samaritaine s'est elle-même désignée comme telle : « Car les Juifs n'ont pas de commerce avec les Samaritains ^. » Cette remarque n'appartient cer-

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