‹ Le quatrième évangileChapitre 287 sur 857 · V. 9. où yàp auy^pôjvTai 'louôaïoL Sap-apsiiai · texte numérisé non relu

V. 9. où yàp auy^pôjvTai 'louôaïoL Sap-apsiiai

tainement pas au discours de la femme, qu elle est destinée à compléter. Elle se rencontre dans l'ancienne version syriaque du Sinaï, où manquent, par une sorte de compensation, les mots : « (A moi) qui suis une femme samaritaine. » Il y aurait presque lieu de conjecturer que l'évangéliste avait d'abord écrit : <( Gomment toi qui es juif me demandes-tu à boire? » On aurait ajouté, dans un exemplaire, par manière d'explication : « (A moi) qui suis une femme samaritaine ^ )), et dans un autre : « Car les Juifs n'ont pas de commerce avec les Samaritains. » Les deux explications auraient été réunies dans le texte ordinaire. Néanmoins la formule : « Moi qui suis samaritaine », paraît faire pendant à : <( Toi qui es juif », et toutes les omissions de la version syriaque ne semblent pas correspondre à des lacunes semblables dans son original grec. La seconde explication seule a quelque chance d'être une glose. Il ne faut pas conclure de ce que les disciples sont allés acheter des vivres, et que la femme s'étonne de la demande faite par Jésus, que la coutume juive permettait d'acheter, mais non de demander gratuitement quelque chose aux Samaritains. La femme ignore la démarche des disciples. Elle sait seulement les scrupules méprisants que les Juifs apportent ordinairement dans leurs relations avec les gens de sa race ; elle s'étonne de trouver un Juif qui lui parle comme il ferait à une femme de sa nation, et qui lui demande même un service qu'un pharisien rigide, si altéré qu'il fût, n'aurait pas voulu demander.

Cette réplique de la Samaritaine provoque l'instruction sur l'eau vive et le culte en esprit. Il ne faut pas trop chercher pourquoi Jésus n'insiste pas sur sa demande et oublie sa soif, pour saisir l'occasion d'instruire son interlocutrice. L'eau du puits est le symbole de l'eau spirituelle ; l'évangéliste a hâte de passer du symbole à la chose signifiée, et la forme du dialogue le lui permet aisément. Jésus a demandé un peu d'eau naturelle, que la femme hésite à lui donner : c'est lui qui donne l'eau où est le principe de la vie éternelle ! « Si tu connaissais le don de Dieu - », dit il, c'est-à-dire le don par excellence qu'il est en mon pouvoir d'accorder, l'eau vraiment vive et qui donne la vie ; si tu savais « qui est celui qui te dit : « Donnemoi à boire », si tu savais qu'il peut donner cette eau vive, tu l'aurais prévenu ; « c'est toi qui aurais fait la demande, et il t'aurait

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LA SAMARITAINE

donné Feau vive. » Le don de Dieu ne peut être que l'eau vive, non l'avantage particulier qu'a eu la femme de rencontrer Jésus. Il ne s'ag-it pas d'une faveur personnelle, mais du « don de Dieu » en général, et de celui qui peut l'accorder. L'antithèse est entre le présent que la femme aurait pu faire à Jésus, en lui otfrant un peu d'eau, et u le don divin ». Si l'on tient compte de tout ce qui précède et de la signification symbolique de l'eau dans les écrits johanniques, « l'eau vive » signifie l'Esprit Saint, avec allusion directe au baptême. C'est toujours la nouvelle naissance par l'eau et par l'esprit, dont le Sauveur a entretenu Nicodème. On est d'autant moins fondé à mettre à la place du don de l'Esprit la parole de Dieu \ que l'évangéliste prend soin de dire ailleurs ~ que l'eau vive est l'Esprit Saint reçu par les croyants.

Mais la Samaritaine est loin de comprendre ce que Jésus veut dire. Avec la même assurance naïve que Nicodème demandant s'il est possible qu'un homme rentre dans le sein de sa mère pour naître de nouveau, elle cherche où Jésus pourrait bien prendre l'eau vive dont il parle. L'analogie des situations ne suffît pas à expliquer celle des contresens commis par deux individus qui auraient été, si intelligents qu'on les suppose, dans l'impossibilité absolue de savoir ce que Jésus voulait dire, au cas où il faudrait prendre les discours pour une conversation réelle. Il faut y voir un procédé de l'auteur et expliquer ainsi les invraisemblances que présenterait un entretien perpétuellement aveughint pour la personne que Jésus veut éclairer. La femme est donc censée non seulement n'avoir pas compris, ce en quoi elle serait excusable, s'il s'agissait d'une conversation véritable, mais avoir compris tout de travers, ce qui permet à Jésus de continuer sa leçon de (( l'eau vive ». Elle paraît n'avoir rien entendu au discours, si ce n'est que Jésus, tout en lui demandant à boire, prétend avoir 1-e secret d'une eau vive, c'est-àdire d'une eau de source, comme celle qui est dans le puits. Où ira-t-il prendre cette eau ? Quant à celle du puits, il n'a rien pour en tirer. Voudrait-il parler d'une eau meilleure que celle-là? En vérité, il serait bien osé de vouloir trouver une eau préférable à celle d'un puits que Jacob a creusé, à une eau dont le patriarche

1. B. Weiss, 165; Schanz, 203 (on ajoutant toutefois à renseignement de Jésus la grâce de la régénération).

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