B. Weiss, 1G
LA SAMARITAINE
à Tesprit de Dieu ^ et, par lui, à la vie éternelle qu'il communique dès maintenant à qui le reçoit.
Au lieu de poursuivre la conversation sur cette matière, et comme s'il renonçait à faire sentir à la femme son erreur, Jésus lui dit : « Va appeler ton mari, et reviens ici. » La plupart des commentateurs supposent que le Sauveur, ne pouvant se faire entendre de son interlocutrice, et voulant néanmoins la convertir, lui tend une sorte de piège, par l'ordre qu'il lui donne, et veut réveiller sa conscience en faisant éclater les lumières plus que prophétiques dont il est lui-même pourvu. Ce qui paraît beaucoup plus évident, c'est que Jésus désire ne pas converser plus longtemps avec la femme seule. Il n'a fait jusqu'à présent que répondre à ses questions, et il en sera de même jusqu'à la fin du dialogue ; ce n'est pas lui qui la retient, c'est elle qui reste. En l'invitant à faire venir son mari, Jésus pourrait bien (ou tel serait du moins le sens du récit) manifester le désir de se procurer un auditeur plus digne et plus capable de recevoir son enseignement. Le Christ n'ignorerait pas la fausse situation du ménage, mais il n'aurait pas l'intention de la rappeler. La femme elle-même lui fournirait l'occasion de montrer qu'il la connaît. Il est assez puéril d'admettre que la réponse de la femme éveillerait d'abord en lui cette connaissance surnaturelle. L'auteur du quatrième Evangile n'était pas plus féministe que les disciples, qu'il va bientôt nous montrer tout étonnés de trouver Jésus en conversation avec une femme ; peut-être a-til tenu d'abord à faire voir que, si la conversation s'est engagée . et prolongée, ce n'est pas que Jésus se soit soucié d'instruire la femme autrement qu'en s'adressant à son mari. Ce ne serait pas une question de décence morale, mais de dignité virile Jésus ne voudrait pas insinuer à la femme qu'il lui donnera u l'eau vive » quand elle aura fait venir son mari, mais qu'il désire expliquer à celui-ci ce dont il a parlé.
La femme esquive l'invitation et la honte de révéler à cet étranger l'irrégularité de son existence, en disant : « Je n'ai pas de mari. » Une veuve ou une divorcée pouvait dire la même chose. La réponse
1. « lUic enim sitire est amare et concupiscere, qui amor, qiio mag-is sapieii-
tiam gustamus, magis crescit Hicautem non sitire non est non concupiscere,
sed non indigere ulla re alia, aut non opus esse eumdem Spiritum sanctum iterum accipere. » Maldonat, II, 520.