Cf. I Cor. xiv
A, LoisY. — Le quatrième Évangile. 23
n'avait rien de compromettant, et il ne s'y trouve pas la moindre contrition ; il y aurait plutôt cette fois une sorte de grosse malice dans la négation. Ce Juif, qui se vante de posséder le secret d'une eau extraordinaire, est bien bon de vouloir appeler son mari : justement elle n'en a pas ; nul moyen de lui enseigner le fameux secret. Mais c'est elle qui est surprise quand Jésus lui répond : « C'est vrai, tu n'a pas de mari. Tu en as eu cinq, et maintenant l'homme que tu as n'est pas ton mari. » La sagacité des exégètes s'est exercée de tout temps sur les cinq maris de la Samaritaine. On se demandait autrefois s'ils avaient tous été légitimes, et ce qu'ils pouvaient signifier allégoriquement. Aujourd'hui on admet que les cinq maris représentent cinq hommes qui auraient épousé successivement la même femme, soit qu^ils fussent morts l'un après l'autre, soit qu'ils l'eussent répudiée, tandis que, pour le sixième, il y aurait eu cohabitation sans union régulière. Mais plusieurs critiques, voyant dans la femme une personnification du peuple samaritain, identifient les cinq maris aux dieux des peuples transportés en Samarie par les Assyriens, et le compagnon illégitime, soit à lahvé, soit à Simon le Magicien L'allégorie peut être regardée comme certaine ; le tout est d'en déterminer l'objet. 11 est question ici de l'Esprit-Saint, comme dans le récit des Actes concernant la conversion des Samaritains, et la femme demande l'eau vive aussi brutalement que Simon propose d'acheter le Saint-Esprit ^. Mais le rapport avec Simon n'est pas autrement frappant, et l'évangéliste ne laisse pas voir qu'il l'ait perçu, du moins avec cette précision. S'il a pensé aux faux dieux à propos des cinq maris, il est probable que le Dieu d'Israël est le sixième, qui n'est pas réellement u mari », parce qu'on ne le « connaît pas ^ ». Pourquoi Simon n'aurait-il' pas été <( mari » au même titre que les faux dieux ? L'idée que la femme vit en concubinage empêche certains commentateurs d'admettre que le sixième mari soit lahvé ; mais cette idée n'est pas dans le texte, et l'on a évité de la formuler. La Samaritaine vient au
1. HoLTZMANM, 84, signale cette hypothèse avec une certaine complaisance. Sur les cinq peuples transportés en Samarie et sur leurs dieux, voir II Rois, XVII, 24-31. Il n'y a pas lieu de recourir à Philon, pour voir dans les maris les cinq sens (E. A. Abbott, E. B. II, 1797). Que serait le sixième compagnon?