‹ Le quatrième évangileChapitre 292 sur 857 · J. Réville · texte numérisé non relu

J. Réville

2. S. Jérôme voyait dans les cinq maris les cinq livres de la Loi, et dans l'amant l'erreur de Dosithée : « Quae (Samaritana) quinque mosaicorum voluminum viris, sextoque, quem se habere jactabat, errore Dosithei derelicto, verum Messiam et verum reperit Salvatorem. » Ep. 108 (P. /., XXII, 888), « Ante

adventum Christi Dositheus Samaritanorum princeps prophetas repudiavit »

[Adv. Lucif. 23. P. l. XXII, 178). S. Jérôme n'a pas dû inventer cette explication, mais il ne dit pas où il l'a prise.

seraient les patriarches ne soit pas dépourvue de vraisemblance, et que la femme puisse opposer la tradition immémoriale du culte pratiqué sur la montagne ^ à la prétention actuelle des Juifs, a nos pères ont adoré », ont fait des sacrifices et pratiqué les actes publics de la religion « sur ce mont ». Ce disant, la femme montrait le Garizim, le lieu de la conversation se trouvant entre cette montagne et le mont Ebal. « Quant k vous, vous dites que Jérusalem est Fendroit où il faut adorer. » La femme constate un état de choses plutôt qu'elle ne pose une question. Son interlocuteur peut répondre ce qui lui plaira, sans qu'elle soit exposée à une contradiction ; et comme elle n'interroge pas directement, elle demeure libre à l'égard de la réponse qui lui sera faite. Elle ne s'engage pas à l'accepter ; elle ne s'oblige pas non plus d'avance à la contester. Elle ne comprendra guère la réplique de Jésus, mais elle n'en demandera pas l'explication ; elle fera encore une remarque dilatoire qui ne trahira pas ses sentiments personnels et sera tout autre chose qu'une adhésion au discours du Sauveur.

(( Crois-moi, femme, le temps vient où vous n'adorerez plus le Père sur cette montagne ni à Jérusalem. » On peut entendre que le temps vient où les Samaritains n'adoreront plus sur le Garizim, sans qu'ils soient obligés pour cela de venir à Sion. Mais le point de vue de la réponse pourrait bien déborder un peu le cadre de la conversation. L'emploi du mot « Père », sans aucun déterminatif, pour désigner Dieu, est moins dans la couleur locale que dans le style propre de l'évangéliste, et celui-ci 23araît penser à la fois aux convertis de Samarie et à ceux du judaïsme, quoique le (( vous », imposé par le jeu du dialogue, semble viser uniquement les Samaritains, comme il s'applique seulement à eux dans le verset suivant : « Vous, Samaritains, vous adorez ce que vous ne connaissez pas 2. » Bien qu'ils adorent le même Dieu que les Juifs, les Samaritains, en se plaçant en dehors de Tordre établi par la Loi, se sont mis en dehors de l'économie du salut, ils se sont volontairement aveuglés sur les desseins de Dieu, et l'on peut dire qu'ils ne le connaissent pas. On ne leur reproche pas de s'être attachés seulement à

1. Le Garizim était un lieu saint avant le temps de la captivité. Cf. Deut. XI, 29 ; XXVII, 12; Jos. viii, 33.

2. V. 22. ufxsï; 7;poaxuv£ÏTe o oùx. oioars, r][J!.sî; 7:poa/.uvou[j.£v oor5aij.îv, oti t) atorrjpîa £■/. Twv 'louoaiojv èaxt'v. Cf. Rom. x, 4-5.

LA SAMARITAINE

la Loi, en excluant les prophètes, ce qui les aurait empêchés de connaître Dieu comme Dieu du salut K II s'ag-it bien du salut, mais non des Ecritures. « Nous, Juifs, nous adorons ce que nous savons, parce que le salut vient des Juifs. » Jésus se compte ici parmi les Juifs, et il présente le judaïsme comme étant, jusqu'à ce jour, la seule forme authentique de la révélation, la seule forme légitime de la religion. « C'est des Juifs que le salut vient. » Jésus le dit avec assurance, comme une chose incontestable en soi, sinon au point de vue samaritain. Le salut doit venir des Juifs, et dès maintenant ils attendent le salut, ils connaissent le Dieu du salut, tandis que les Samaritains sont étrangers à l'un et à l'autre. Ces hautes réflexions dépassent la portée d'esprit de la femme à qui Jésus est censé les adresser ; elles contiennent une philosophie de la révélation qui correspond au point de vue de l'évangéliste, non au point de vue historique de l'Evangile.

Mais ce qui suit s'élève encore plus haut : u Le temps vient, et il est arrivé déjà, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ^ », c'est-à-dire qu'ils l'adoreront spirituellement, et que cette adoration spirituelle est la seule et parfaite adoration. C'est surtout au point de vue de l'évangéliste que le temps est déjà venu, et le futur : « adoreront », revient à la perspective de l'Evangile. La raison qui fait du culte spirituel le seul culte véritable est indiquée ensuite. Le Père demande des adorateurs en esprit, parce qu'il est esprit, et qu'il convient de l'adorer conformément à sa nature. Ainsi la Samaritaine n'a pas à regretter l'abandon du Garizim, puisque Jérusalem aussi doit être abandonnée. Les vrais adorateurs ne sont ni les Samaritains ni les Juifs. Le vrai culte n'est pas lié à un endroit quelconque. Dieu est esprit : quiconque l'adore en esprit, l'adore comme il faut Est-il nécessaire d'observer que Jésus déclare abrogée la localisation obligatoire du culte public à Jérusalem, et qu'il ne rejette pas pour

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