‹ Le quatrième évangileChapitre 297 sur 857 · VI · texte numérisé non relu

VI

2. (( Ego, Cyrillum secutus, mercedem et fructum idem esse arbitrer. Sed mercedem appellari quia pro labore datur, fructum vero, quia solet messoribus pro merce fructus, id est frumentum, dari ex illo ipso quod messuerunl. » Mal- DONAT, II, 537.

3. Le mot Yjôr] peut être rattaché à la fin du v. 35 : « Considérez les campagnes qui sont blanches pour la moisson déjà », ou bien au commencement du V. 36 : « Déjà le moissonneur reçoit son salaire ». Où qu'on le mette, il combat l'idée que la moisson serait encore éloignée ; l'opposition n'est pas plus parfaite si on le met à la fin du v. 35, et l'enchaînement du discours est beaucoup meilleur si on le met au commencement du v. 36.

LA SAMARITAINE 365

et recueille ce fruit pour le ciel ', si bien que le semeur peut se réjouir en même temps que le moissonneur, c'est-à-dire que Jésus, qui a semé, peut se réjouir avec les apôtres, qui moissonnent. Est-ce que, dans le cas présent, Jésus n'est pas à la fois semeur et moissonneur? Et qu'est-ce que les apôtres peuvent avoir à moissonner, puisque c'est Jésus lui-même qui va instruire les Samaritains et les convertir, sans que les apôtres interviennent? Jésus ne laisse pas de les présenter comme ayant été envoyés par lui, comme ayant moissonné. Il pense donc à eux quand il parle du moissonneur avec qui le semeur se réjouit, et l'on tomberait dans un embarras inextricable si l'on supposait qu'il se désigne d'abord comme semeur et moissonneur, puis qu'il se fait semeur, en abandonnant à ses disciiDles le rôle de moissonneurs. Le discours est parfaitement un : pour le bien entendre, il faut admettre que Jésus parle selon l'expérience de l'évangéliste, en anticipant les résultats de la prédication apostolique, et en les rattachant figura tivement à la circonstance du séjour en Samarie.

Jésus est le semeur par excellence, dans le quatrième Evangile aussi bien que dans les Synoptiques ~. Lui-même prend soin d'expliquer que le semeur et le moissonneur sont deux, et il cite, comme ayant son ajDplication juste à l'égard de l'Evangile, un proverbe eommun : « L'un sème, l'autre moissonne. » Le sens ordinaire du proverbe est que la récompense n'est pas toujours pour celui qui a la peine. Dans l'interprétation qu'en donne Jésus, le côté pessimiste de la remarque est atténué ; c'est la différence des personnes qui est mise en relief. Néanmoins le rôle du semeur est censé plus dur que celui du moissonneur. « Je vous ai envoyés, dit Jésus, moissonner ce que vous n'avez pas eu la peine » de semer ; « d'autres ont eu la peine, et vous êtes entrés dans leur labeur », pour en recueillir le fruit. On peut dire que ces paroles contiennent une vue prophétique sur l'avenir de l'Évangile. Telle est du moins l'apparence qu'elles prennent dans le récit, puisque les apôtres n'ont encore été envoyés nulle part, et n'ont pas eu à moissonner ce

1. La « vie éternelle », au v. 36, ne désigne pas seulement le ciel comme le grenier de Dieu (B. Weiss, 179), mais aussi le bien procuré par Factivité du moissonneur apostolique, le « fruit à vie éternelle » correspondant à Teau qui jaillit à vie éternelle » (v. 14), Guill, i, 292. Cf. supr. p. 352.

Page 1