‹ Le quatrième évangileChapitre 298 sur 857 · Cf. Marc, iv, 3-20; Mattu. xiii, 3-23; Luc, viii · texte numérisé non relu

Cf. Marc, iv, 3-20; Mattu. xiii, 3-23; Luc, viii

qui avait été semé avant eux. Mais le discours n'est pas donné comme prophétique, et il ne l'est pas, si l'on entend bien le procédé de l'évangéliste. Les anciens interprètes, qui ne s'en rendaient pas compte, croyaient volontiers que « les autres », ceux qui ont eu la peine de semer ce que les disciples ont moissonné, étaient les prophètes ; ainsi le rôle de Jésus était supprimé. C'est lui certainement qui demeure ici le semeur, quia eu la peine, et dont on oppose le labeur à la facilité relative du ministère évarigélique dans les temps qui ont suivi. Il est probable que cette facilité n eût point paru si grande aux environs de l'an 70, et l'on peut se demander si les moissonneurs ne sont pas plutôt les prédicateurs évangéliques de la seconde ou troisième génération, les anciens apôtres ayant exercé relativement à ceux-ci le rôle de semeurs et se trouvant associés à Jésus. On dit que « les autres » sont un « pluriel de catégorie » qui représente les semeurs par opposition aux apôtres moissonneurs, et qui s'applique à Jésus seul. Etant donnée la transposition qui s'est faite, comme d'elle-même, dans la pensée de l'auteur, du cadre évangélique à Fétat présent de l'Eglise, il est au moins possible que, dans cet endroit, les apôtres soient réunis au Christ. Ce discours aux disciples s'offre à l'interprète dans les mômes conditions que les témoignages de Jean, le discours à Nicodème et les paroles du Sauveur à la Samaritaine. Instruction donnée par l'évangéliste à ses contemporains, en partant de données traditionnelles qui sont expliquées et développées selon une philosophie générale du christianisme et une conception réfléchie de la personne et de la mission de Jésus. On peut dire que le succès du Christ à Sychar, où, dans la réalité de l'histoire, il n'a jamais prêché, est la figure de la prédication de l'Evangile dans tout l'univers, et que c'est la chose figurée qui est au premier plan dans le discours.

IV, 39. Et il y eut de cette ville beaucoup de Samaritains qui crurent en lui, sur le rapport de la femme attestant qu'il lui avait dit tout ce qu'elle avait fait. 40. Lors donc que les Samaritains furent venus le trouver, ils le prièrent de demeurer chez eux, et il y demeura deux jours: 41. Et un bien plus g-rand nombre crurent à cause de ses discours ; 42. et ils disaient à la femme : « Ce n'est plus sur ta parole que nous croyons, car nous l'avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde. »

Cependant les récits de la femme avaient éveillé la curiosité de ses compatriotes ; beaucoup même en furent touchés au point qu'ils

LA SAMARITAINE

crurent en Jésus, à cause du fait étrange qu'elle racontait ; ils croyaient à cause de ce miracle. Ne les trouvons pas trop crédules, et ne cherchons pas comment ils ont pu être si prompts à se convertir ; soyons moins attentifs au problème psychologique auquel cette conversion si rapide semble donner lieu, qu'à l'idée poursuivie par le narrateur. Croire à Jésus comme Messie, pour un prodige d'ordre vulgaire, bien que ce soit un prodige, ce n'est pas encore la foi parfaite, la vraie foi, qui consiste à croire à Jésus comme sauveur du monde, après avoir entendu sa parole. La bonne volonté dés Samaritains apparaît dès l'abord dans le désir qu'ils témoignent de retenir Jésus auprès d'eux. Ce n'est point par fidélité k un souvenir traditionnel que l'évangéliste rappelle ce trait, qui est significatif, comme tous ceux de ce récit. Le Christ est mieux accueilli enSamarie qu'à Jérusalem : ainsi l'Evangile sera mieux reçu des païens que des Juifs. Le Sauveur ne reste que deux jours à Sychar, et ces deux jours suffisent pour la conversion d'un grand nombre. Non seulement ceux qui avaient d'abord écouté les paroles de la femme, mais beaucoup d'autres avec eux croient en Jésus, après l'avoir entendu et parce qu'ils l'ont entendu. Combien ces bons Samaritains diffèrent-ils des Juifs de Jérusalem, dont plusieurs ont cru à cause des miracles, mais auxquels Jésus ne s'est pas confié parce qu'il les connaissait k fond - , et de ceux de Galilée, qui vont justifler k son égard le dicton sur le prophète qui n'est pas honoré en son pays ^ ! Il semble que l'antithèse a été voulue, et que, dans sa rigueur, elle répond moins k l'attitude réelle des Juifs et des Samaritains k l'égard de Jésus pendant son ministère, qu'k celle des Juifs, en général, et des non-Juifs, du monde païen, représenté ici par les Samaritains, k l'égard de l'Evangile prêché par les apôtres et leurs successeurs. On est donc dispensé de trouver des raisons historiques k l'extraordinaire facilité de conversion qui se rencontre chez les gens de Sychar. La raison pour laquelle ils arrivent si aisément k la foi, c'est qu'ils ne sont pas Juifs 3. Que les Samaritains aient été moins préoccupés de restauration nationale que les Juifs et par Ik même plus disposés k accepter

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