Strauss, Baur, Holtzmann
transposition a eu lieu, ce n'est pas pour le grossissement du miracle, mais pour une meilleure adaptation à la leçon symbolique entrevue par l'évangeliste. Comme le souci de l'interprétation didactique l'emporte dans le quatrième Evangile sur celui de l'exactitude matérielle, on ne peut pas dire que l'idée même de la transposition soit impossible ou invraisemblable. Quelques anciens ont admis l'identité des deux paralytiques et des deux miracles ^. Des critiques modérés, qui maintiennent la distinction des personnes et des faits, se croient obligés d'admettre que le récit de Jean a été influencé dans sa rédaction par celui des Synoptiques, et ils en donnent la raison : c'est que Jésus paraît être venu seul à cette Pâque; aucun disciple n'a donc été témoin du miracle; la tradition apostolique n'en aura eu qu'une connaissance générale, et la relation circonstanciée du miracle galiléen aura déteint sur la rédaction du miracle hiérosolymitain 2. H est clair que le lit, le grabat 3, qui est si bien à sa place dans la narration synoptique, où le paralytique est apporté à Jésus, vient moins naturellement dans le récit johannique, où le malade, n'ayant personne qui le mette dans la piscine, ne pouvait guère plus facilement avoir des porteurs pour l'amener dans un lit sous le portique de Béthesda.
Mais si ce détail et d'autres encore viennent des Synoptiques, ou ne sont pas à discuter historiquement, comme le miracle est expliqué en symbole par le discours qui suit, où l'œuvre de guérison se confond avec l'œuvre du salut opéré par le Christ, on n'a pas, au fond, la moindre raison de préférer l'hypothèse d'un miracle hiérosolymitain vaguement connu, à celle de la transposition, pour raison didactique, d'un miracle galiléen. La seconde hypothèse doit être, au point de vue critique, la plus vraisemblable, puisqu'elle est appuyée sur des indices positifs et qu'elle est conforme à la méthode de Fauteur, tandis que l'existence d une tradition distincte pour le miracle hiérolosymitain s'autorise uniquement de ce que l'évangéliste n'aurait pas voulu mettre à Jéru-
\. Jean Chrysostome parle de ces auteurs sans donner leurs noms, et il les réfute, comme on fait aujourd'hui, en alléguant la différence du cadre. Voir ScHANz, 236. Les arguments ne sont décisifs que si l'on admet d'abord ce qui est en question, à savoir le caractère purement historique du quatrième Evangile.