B. Weiss, loc. cit
h(i'.rji arjrjv lôv xpà6aTTdv aou. Le mot xpaSatTo; n'est employé que par Marc, Matthieu a xXi'vr], Luc xXivi'oiov
LE PARALYTIQUE DE IJÉTHESDA
salem un miracle qu'il savait s'être passé à Capharnaûm. Or il n'est pas prouvé, il n'est même pas probable que l'évang-éliste eût hésité à faire une telle transposition, s'il y avait trouvé un intérêt doctrinal. Ses récits, on le sait de reste, ne sont pas des histoires au sens rig-oureux du mot, ce sont des tableaux figurés dont les traits matériels et descriptifs ne constituent pas le sens principal. Il ne faut pas dire que, si l'auteur du quatrième Evangile voulait transporter à Jérusalem le conflit entre Jésus et les pharisiens à propos du sabbat, il avait à sa disposition, dans la tradition synoptique, des anecdotes qui se rapportent à cette querelle, et ne serait pas allé chercher le paralytique de Capharnaûm. La dispute sur le sabbat n'est qu'une complication accessoire dans le récit johannique. L'histoire du paralytique n'a pas été choisie pour introduire la dispute relative au sabbat, mais à cause du sens qu'elle avait en elle-même et que l'évangéliste saura bien développer après la question du sabbat. Celle-ci vient par manière d'instruction complémentaire, l'auteur ne voulant pas donner un récit spécial sur ce sujet. Le sabbat devient une circonstance de la guérison du paralytique, et la question du sabbat pourra être ainsi traitée avec celle de l'œuvre accomplie par Jésus.
v, 9. Or c'était sabbat ce jour-là. 10. Aussi les Juifs dirent-ils à celui qui avait été g-uéri : « C'est le sabbat, et il ne t'est pas permis d'emporter (ton) lit. » 1 J . Il leur répondit : « Celui qui m'a rendu la santé m'a dit : (( Prends ton lit et va-t-en. » 12. Ils lui demandèrent : « Qui est l'homme qui t'a dit : Prends et va-t-en? » 13. Et le guéri ne savait pas qui c'était; car Jésus s'était retiré de la foule qui était dans l'endroit. 14. Après cela, Jésus le trouva dans le temple et lui dit : « Te voilà guéri ; ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire. » 15. Cet homme s'en alla dire aux Juifs que c'était Jésus qui lui avait rendu la santé. 16. Et pour cette raison, les Juifs persécutaient Jésus, parce qu'il faisait cela le jour du sabbat. 17. Et il leur répondit : « Mon Père agit jusqu'à présent, et moi aussi, j'agis. » 18. C'est pourquoi les Juifs cherchaient d'autant plus à le faire mourir, parce que non seulement il n'observait pas le sabbat, mais encore il appelait Dieu son père, se faisant lui-même égal à Dieu.
Ce jour-là, observe l'évangéliste, était un jour de sabbat. Cette circonstance donne une signification particulière à la parole de Jésus : « Emporte ton lit. » Dans les Synoptiques, le paralytique, emportant le brancard qui avait servi à l'amener près du Sau-
veur, montre par là qu'il est bien guéri. Ici Thomme emporte son lit parce que Jésus lui a dit de l'emporter, et Jésus l'a mis délibérément, sans nécessité appnrente, en contravention avec la loi du sabbat. Cette contravention est d'un autre ordre que celles qui scandalisent les pharisiens dans les trois premiers Evang-iles K La loi du sabbat y est comme abrogée par la seule volonté de Jésus, comme si Tinfirmité qui clouait le paralytique sur le grabat figurait l'état de l'homme sous la Loi mosaïque, et si la guérison, avec le transfert prohibé du lit, signifiait l'abrogation de cette Loi. L'Evangile synoptique ne présente pas de cette façon la question du sabbat ; il ne s'attaque pas au principe de l'observance, mais il en subordonne l'application à un principe jdIus élevé : le sabbat a été institué dans l'intérêt des hommes, et ce n'est pas le violer réellement que de faire ce jour-là un bien supérieur à celui que le sabbat veut garantir. L'auteur du quatrième Evangile fait résoudre par le Christ la question des observances légales, en se plaçant à un point de vue qui n'est pas celui de l'histoire évangélique, ni celui de Paul, mais celui d'un âge plus récent. Quiconque est guéri par Jésus, quiconque a reçu la vie que Jésus donne, est dispensé de la Loi, dispensé du sabbat. La conversation de l'homme avec les Juifs est très instructive à cet égard.
Les Juifs dont il est question ne sont pis les premiers venus, mais des gens qui ont qualité pour demander compte des manquements à la Loi ~ ; ce sont les membres du sanhédrin ou les chefs du sacerdoce, et, si invraisemblable que la chose puisse paraître d'abord, leur rencontre avec l'homme semble devoir être placée dans le temple, où Jésus tout à l'heure va le retrouver. Les autorités juives ne sont pas auprès de la piscine de Béthesda, ni dans les rues de Jérusalem, mais au siège de leur puissance, dans le lieu saint. Qu'est-ce que l'homme va faire dans le temple avec son lit? Les commentateurs pensent qu'il est allé déposer son fardeau chez lui, et qu'il est venu ensuite au temple remercier Dieu de sa guérison 'K La conjecture est édifiante ; elle n'en altère pas moins la signification de ce trait. Dans les Synoptiques, Jésus envoie l'homme avec son lit ((dans sa maison ^ ». La maison n'est pas men-
1. Cf. Marc, ii, 23-iii, 0 ; Mattii. xii, 1-14 ; Luc, vi, 1-11 ; xiv, 1-6.