‹ Le quatrième évangileChapitre 333 sur 857 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

de l'humanité du Christ indépendamment de Tincarnation du Verbe dans cette humanité. Les œuvres que le Père montre au Fils ne sont donc pas les décrets divins que le Verbe a connus de toute éternité, ni des œuvres particulières que le Père réaliserait effectivement par lui seul, pour servir de modèles à l'action du Fils, mais les volontés du Père que le Fils perçoit et qu'il accomplit. Cesvolontés n^en sont pas moins conçues comme une sorte de création spirituelle, qui devient réelle par Faction du Fils K Le mot « voir » est un terme métaphorique; il s'agit certainement d'une perception spirituelle, intérieure, tout intime, dont le mode n'est pas autrement indiqué. Cette connaissance apparaît néanmoins dillerente de celle des prophètes, en ce qu'elle n'est point successive, ni limitée, pour ce qui regarde les œuvres à accomplir par le Fils. Le Fils les connaît toutes; il connaît celle qu'il vient de faire, qui est une œuvre du Père vue par lui, c'est-à-dire une volonté du Père qu'il a connue pour l'exécuter, et il connaît aussi les œuvres plus grandes, c'est-à-dire les œuvres de vivification spirituelle et de résurrection, dont la guérison du paralytique n'est que l'image. Le Fils connaît tout cela dès maintenant, et il semble qu'il ait dû le connaître, d'une certaine façon, dès l'instant où l'esprit divin s'est emparé de son humanité; car cet esprit est un esprit de lumière et de vie, et Dieu ne l'a pas donné à son Fils avec mesure. En tout cas, il ne saurait être question de visions passagères ou d'illuminations dans certaines circonstances importantes, mais d'une communication régulière et permanente. Demander si l'âme du Christ voyait toutes ces choses dans l'essence divine est prendre la question d'un point de vue qui n'est pas celui du quatrième Evangile, où est enseignée la métaphysique du Christ et non sa psychologie. Si l'on prenait toutes les déclarations du Christ johannique comme des données réelles, on devrait penser que sa science a été parfaite dès le commencement, bien que le caractère psychologique de cette science ne soit pas décrit ; mais il ne faut pas oublier que le moment initial de l'incarnation n'est pas expressément indiqué dans l'Evangile - et que la théorie johannique du Christ n'est rien moins qu'une histoire du développement intime de Jésus. On y retrouverait plutôt

1. Il n'est pas hors do propos de rappeler ici la distinction de Philon entre la création intelligible et la création réelle. Cf. Grill. 118.

2, Voir suj)r. p. 18i .

LE PAKALYTIQUE DE BÉTIIESDA

l'histoire du développement intime de la conscience chrétienne. Mais à ne chercher même que la pensée de l'évangéliste, il n'est pas dit que la communication des œuvres divines soit une vision directe de Dieu même, par l'humanité du Christ, et le lien d'union entre le Père et le Fils dans son humanité ne consiste pas en ce que Jésus voit immédiatement le Père, mais en ce que le Père aime le Fils; et c'est en raison de cet amour qu'il l'instruit K La science surnaturelle du Christ n'est pas identifiée à la science éternelle de Dieu; et elle n'est pas présentée non plus comme étant la science de vision que les théolog-iens attribuent communément au Sauveur. C^est la science que le Verbe incarné tient du Père qui est en lui Le rapport éternel du Père et du Verbe n'est pas visé directement, et il n'est pas nécessaire qu'il le soit 23our que l'arg-umentation de Jésus soit irréfutable ; il suffit que Jésus, par l'incarnation du Verbe, soit le vrai Fils de Dieu.

Le discours a été commencé jDour prouver que le Christ, en tant que vrai Fils, est comme le Père, au-dessus du sabbat; mais il 'n'est pas sur que l'évangéliste se souvienne long-temps de ce but particulier, car il ne tire j)as de conclusion ; son intention réelle est de montrer l'excellence de Jésus et d'entamer le procès du judaïsme. Le Fils ne fait que ce que lui a montré le Père ; mais le Père aime

1. Cf. III, 45, et XVII, 24, où il est dit que le Père a aimé le Fils avant la fondation du monde. Comme l'amour du Père pour le Fils est comparé à celui du Père pour les élus, il ne serait pas évident que cet amour du Père pour le Fils exprime sa relation transcendante avec le Verbe, comme l'admet Holtzmann, 91, et non son amour de prédestination pour le Verbe incarné, si xvii, 5, n'était décisif en faveur de la première opinion. 11 est du reste impossible de définir avec précision comment l'évangéliste conçoit ce double rapport; on a dit que le second était présenté comme la forme temporelle du premier, ou bien comme la forme psychologique sous laquelle le Verbe incarné avait conscience de son rapport métaphysique avec Dieu ; mais il ne semble pas que la pensée de l'évangéliste se soit arrêtée sur ce problème, et son langage éveillerait plutôt l'idée d'un rapport unique du Père avec le Verbe préexistant et incarné ; il n'insinue pas la moindre évacuation [kénose) du Verbe incarné par rapport à la connaissance, mais seulement à l'égard de la gloire (xvii, 5) à ce qu'on pourrait appeler la jouissance de la vie divine (cf. Grill, 322). Encore faut-il ajouter qu'il ne vise pas à la précision métaphysique, ni à la précision historique, et que les contours de sa pensée n'ont pas une rigueur dogmatique. Quoi qu'il en soit, dans V, 20, il s'agit de l'amour du Père pour le Verbe incarné.

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