Marc, ii
Puis la perspective revient vers le présent, dont il faut croire qu'elle ne s'était pas réellement éloignée : « Je ne puis rien faire de moi-même », dans cette grande œuvre de résurrection qui embrasse toute l'action salutaire du Fils, et où la résurrection dernière semble actuelle, tant elle paraît proche, où la résurrection spirituelle paraît se confondre avec la résurrection dernière, tant elle en est un gage assuré, un préambule substantiel. « Selon que j'entends, je juge. » Il ne s'agit pas de l'audition des personnes jugées; mais, de même que le Fils ne fait rien que ce qui lui a été montré par le Père, de même il ne porte aucun jugement dont le Père ne l'ait instruit. Gomme le Verbe est Dieu et à Dieu, le Christ est égal et subordonné au Père, dépendant et libre ^ Les jugements sont comme les œuvres, préparés spirituellement en Dieu, pour être exécutés réellement par le Fils, moyennant la communication qui lui en est faite par le Père. De là vient que son « jugement est juste » ; ce n'est pas de sa part une décision arbitraire, une condamnation mal fondée, car il ne cherche pas sa volonté, mais la volonté de celui qui l'a envoyé ; comme il connaît la volonté du Père, il n'a d'autre souci que de la mettre à exécution. Le jugement est résolu par Dieu dans son éternité; mais il s'accomplit dans le temps par le Fils. On doit sans doute penser qu'il ne conviendrait pas au Père de le réaliser lui-même. Ainsi le rôle du Christ juge est en parfaite harmonie avec celui du Christ vivificateur.
Les critiques qui suspectent ou contestent même positivement l'unité de ce morceau, et qui proposent de retirer le passage où la résurrection des morts est nettement annoncée, sous prétexte que le contexte traite de résurrection spirituelle, ou bien tout le développement sur la résurrection et le jugement, sous prétexte qu'il est eschatologique 2, méconnaissent le véritable esprit du quatrième Evangile ; ils veulent faire de l'auteur un logicien scolastique, au lieu de le prendre pour ce qu'il est, un profond mystique qui voit ensemble la réalité, l'image symbolique, l'idée, qui n'oublie jamais tout à fait l'une quand il paraît s'occuper de l'autre, et qui fonde l'unité de sa doctrine sur une conception de la vie assez large pour embrasser la destinée complète de l'homme, comme l'action vivifiante du Christ comprend tout le rôle salutaire du Verbe incarné.