‹ Le quatrième évangileChapitre 342 sur 857 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

LE PAHALYTIQUE DE BÉTHESDA

dont ils tirent vanité, ils n'en connaissent pas la vraie nature ^ et ils n'en saisissent pas l'objet, puisqu'ils ne croient pas à celui que le Père a envoyé. Comme cette révélation tout entière concerne le Fils, ils recevraient le Fils, s'ils avaient compris « la parole ». Avant d'expliquer en quoi a consisté le témoignage du Père, Jésus, ou plutôt l'évangéliste reproche aux Juifs de ne l'avoir pas écouté, en sorte qu'on peut leur contester tous les privilèges dont ils s'enorgueillissent et qu'ils croient attestés dans les Ecritures. L'apostrophe ne s'adresse pas à l'auditoire de Jésus, mais à Israël en général, au judaïsme incrédule, auquel est opposé l'argument des prophéties tel que l'a entendu la tradition chrétienne. Elle représente excellemment l'idée que l'auteur se fait du peuple juif, gardien d'un livre qu'il ne comprend pas, fier d'une révélation dont il n'a jamais perçu le sens, et qui maintenant lui a échappé.

C'est précisément parce que les Ecritures et la révélation de l'Ancien Testament sont déjà dans la pensée de l'évangéliste, qu'il dit aussitôt : « Vous scrutez ^ les Ecritures », en interrogeant le texte et le discutant minutieusement, « parce que vous croyez y trouver la vie éternelle » ; mais pour avoir la vie, rien ne sert de les lire si on n'entend le témoignage qu'elles rendent à celui qui seul peut donner la vie, et si on ne vient à lui pour la recevoir. Le salut n'est pas dans la Loi, mais dans la foi au Christ, qui est annoncé par la Loi. C'est la doctrine de saint Paul, mais entièrement sûre d'elle-même, indiscutée, devenue le fondement du christianisme. Le Christ qui se défend contre les Juifs représente le christianisme, tout comme les Juifs qu'il réfute représentent le judaïsme.

Si le Christ demande la foi des hommes, ce n'est pas qu'il reçoive d'eux sa gloire ou qu'il la cherche de leur côté ; il la chercherait d'autant moins auprès des Juifs, qu'il les connaît pour n'avoir pas en eux l'amour de Dieu ; il les tient pour incapables de rendre à l'envoyé de Dieu un hommage conforme à la volonté du Père, et propre à honorer le Père lui-même. C'est parce qu'ils n'ont pas au cœur l'amour de Dieu, prescrit cependant par la Loi, qu'ils n'ont

Page 1