‹ Le quatrième évangileChapitre 344 sur 857 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

LE PARALYTIQUE DE BÉTHESDA

la disposition commune et très humaine à chercher en tout, et jusque dans la religion, une satisfaction pour la vanité personnelle et le goût des honneurs ; selon l'évangéliste, c'est Torgueil juif.

Il ne faudrait pas croire que le Christ, rejeté par les Juifs, ait besoin de se faire leur accusateur auprès du Père, ou qu'il en ait seulement Tintention. Sa plainte n'est pas nécessaire pour la condamnation des coupables. Les Juifs n'ont pas d'autre accusateur que celui qu'ils regardent comme leur médiateur auprès de Dieu et qui, en fait, ne leur sert pas plus que les Ecritures, et pour la même raison. Moïse personnifie la Loi, mais il la personnifie très personnellement, s'il est permis de s'exprimer ainsi, comme le Christ personnifie TEvang-ile ; c'est une personnification vivante, et ce n'est pas la Loi, c'est Moïse qui dénonce perpétuellement les Juifs, au lieu d'intercéder pour eux, d'obtenir le salut promis à ceux qui observent la Loi. Ils ne seront pas plus sauvés par Moïse qu'ils ne trouvent la vie dans les Ecritures, ce salut et cette vie étant la même chose. Car ils ne croient pas réellement ce que Moïse a dit ; s'ils le croyaient, ils écouteraient Jésus. Ce que Moïse a écrit de Jésus ne doit probablement pas s'entendre de tel ou tel passage interprété comme prédiction messianique, mais de toute la Loi interprétée comme prophétie et figure de l'Evangile K Indociles à cette autorité qui, pour eux cependant, n'est pas discutable, ilsle sont naturellement à celle du Christ ~; ne croyant pas à ce que Moïse a écrit de Jésus, ils ne croient pas, ils sont incapables de croire à ce que Jésus dit de lui-même. Au fond de ce reproche, on peut lire que les Juifs ne comprennent pas la véritable signification des prophéties contenues dans la Loi, et que ce défaut d'intelligence est imputable à leur mauvaise volonté ; d'où il suit que, malgré le respect dont ils affectent d'entourer la Loi

4. « Omnia enim,... quaeque dicta, quaeque facta, quaeque constituta apud iUum (Moysen) commemorantur, autChristum promittebant aut venturum significabant. » Maldonat, II, 582. Il n'y a sans doute pas de référence particulière à Deux, xviii, 15. Cf. supj\, p. 205.

2. C'est entre ces deux autorités, Moïse et Jésus, qu'est le rapport, et il n'y a aucune opposition entre les « écrits » et les « paroles ». Ces termes sont choisis simplement pour caractériser la forme respective des deux enseignements, non pour signifier quelque autre difïerence. La réflexion de Maldonat (II, 582) : <( Plus enim scriptis quam vcrbis ci edere solemus », a d'autant moins d'application dans notre passage que cette idée tendrait à diminuer Taulorité de « la parole » évangélique.

A. LoisY. — Le quatrième Évangile. 27

de Moïse, ils ne croient pas vraiment à renseignement de Moïse, et qu'ils n'ont pas à compter sur l'appui de leur législateur, à l'égard duquel ils se montrent désobéissants. On leur dira de même ^ qu'ils n'ont pas à espérer la protection d'Abraham, dont ils se vantent d'être les descendants selon la chair, tandis qu'ils ne le sont pas selon l'esprit.

Le discours n'a pas d'autre conclusion, et le récit n'en a aucune. Dans le tableau suivant, on montrera Jésus en Galilée, sur la rive orientale du lac de Tibériade. Le présent commentaire n'est pas davantage à compléter par une discussion sur le rapport historique du discours avec le fait qui le précède, ou sur ce qu'il y a de réel dans le fait, d'authentique dans le discours. La réalité du fait doit tenir tout entière dans la guérison du paralytique de Capharnaûm, et l'existence d'une tradition qui aurait concerné un miracle hiérosolymitain, historiquement distinct de celui qui est raconté dans les Synoptiques, ne s'appuie sur aucun argument décisif. Le raisonnement par lequel se justifie l'attribution des honneurs divins à Jésus ne se fonde pas davantage sur la tradition particulière d'un enseignement donné sur ce point par le Sauveur ; les Synoptiques ont fourni certains éléments du discours, qui ne sont pas employés tels quels, mais comme transportés, transfigurés et renouvelés dans la perspective de l'Evangile johannique. Le point de vue du récit est symbolique, et le point de vue du discours est théologique et polémique. Le lien qui rattache le récit au discours est en soi purement logique, puisque le récit est le symbole de la doctrine contenue dans le discours. Ce lien logique a la forme d'un lien historique ; il faut le reconnaître, et l'on perdrait son temps à le contester, sous prétexte que le discours serait mieux placé un autre jour que le miracle Tout s'enchaîne dans la perspective, laquelle n'a que l'apparence de l'histoire. C'est parce que la ligne n'en est pas réelle que le récit peut ne pas finir et n'être pas rattaché à

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