Opinion d'Ewald, ap. B. Weiss, 230. Cf. supr., p
LE OIJATRIÈME ÉVANGILE
avouée. Mais la nature même de son procédé fait supposer une dépendance littéraire : un auteur qui aurait puisé directement dans ses propres souvenirs ou dans une tradition orale aurait introduit le récit d'une autre manière, tandis que tout se passe ici comme dans une méditation religieuse sur un thème fixé d'avance.
11 faut donc se représenter Jésus accompagné de ses disciples, comme dans les Synoptiques, et passant avec eux, en barque, des environs de Gapharnaiim à un point de la rive orientale du lac. Le nom de « Tibériade » est ajouté à « la mer de Galilée », parce que ce nom, tout nouveau encore à Tépoque de Jésus, était bien connu, dans le monde grec, au temps où l'Évangile fut écrit. On sait que Tibériade n'est pas mentionnée dans les Synoptiques ^ Une grande foule avait suivi Jésus, à cause des miracles qu'il faisait sur les malades Cette circonstance, qui suppose beaucoup de guérisons récemment opérées en Galilée, prouverait encore, s'il en était besoin, que Jésus est censé depuis quelque temps dans le pays, et qu'il n'arrive pas de Jérusalem. Ce n'est pas toutefois pour suppléer au défaut d'indications chronologiques précises que l'évangéliste la mentionne, mais pour faire connaître les dispositions des Galiléens, frappés par les miracles et prêts à acclamer un Messie national, insensibles à la parole qui demande la foi au Sauveur des âmes. Dans Marc, la foule suit Jésus pour l'entendre; Jésus parle jusqu'au soir, et c'est ce qui donne occasion au miracle de la multiplication des pains. Dans Matthieu, la foule se présente avec de nombreux malades que Jésus guérit ; elle reste jusqu'au soir, sans qu'il soit question d'enseignement. Luc réunit la prédication et les guérisons Jean laisse de côté l'enseignement, le symbolisme de la multiplication des pains n'ayant pas uniquement pour objet la doctrine, et il retient les guérisons, mais non comme circonstance particulière qui aurait été en rapport direct avec le miracle. Il ne s'agit pas spécialement des guérisons opérées ce jour-là, mais de toutes celles que Jésus avait déjà faites en Galilée. L'évangéliste ne dit pas que le Sauveur ait passé toute la journée avec la foule. Il le montre se dirigeant vers les hauteurs qui bordent le lac, en compagnie de ses disciples. Arrivé là, Jésus s'assied, et, levant les yeux, il aperçoit la foule qui vient à lui; il