‹ Le quatrième évangileChapitre 351 sur 857 · Godet, ap. B. Weiss · texte numérisé non relu

Godet, ap. B. Weiss

LE PAIN DE VIE

lippe : (( Où achèterons-nous des pains, afin que ces gens mang-ent ? » La question est moins bien amenée que dans les Synoptiques, où le peuple, ayant passé la journée près du Sauveur, se trouve le soir au dépourvu. Ne dirait-on pas que la foule vient pour chercher le repas qui va lui être donné, et que le Christ n'a rien à lui offrir que le pain dont il parle d'abord à Philippe? Tout s'explique si le pain matériel est déjà, dans le récit, la figure du pain de vie ; si l'empressement de la foule signifie son désir, d'ailleurs imparfait, de recevoir la parole du salut ; si l'intention de nourrir le peuple atteste en Jésus la volonté d'être, par la foi et dans l'eucharistie, l'aliment de vie pour tous les hommes. Ainsi entendue, la mise en scène du miracle ne diffère pas essentiellement, pour le sens, de la grande apparition du Christ ressuscité, sur la montagne ^, avec la parole : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez, enseignez toutes les nations... Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. » Mais il s'agit maintenant de la proposition du salut aux Juifs, qui ne vont pas comprendre. La montagne du discours n'est pas devenue encore la montagne de la résurrection.

Le dialogue rapporté par les Synoptiques est simplifié, dans le quatrième Evangile, pour une raison didactique. La remarque préliminaire des disciples : « Renvoie ces gens pour qu'ils aillent s'acheter des vivres », a dû être supprimée. L'intention de leur donner à manger sur place n'est pas manifestée directement ; elle s'associe à l'idée d'un achat de vivres, qui, au lieu d'être suggérée comme impossible par les disciples eux-mêmes, est présentée par Jésus, qui éprouve ainsi la foi de ses apôtres ^ Il va sans dire que, dans cette occasion comme en d'autres semblables, l'interlocuteur de Jésus donne dans le piège et ne comprend pas la juste portée de sa parole. Philippe est seul mis en cause. Pourquoi Jésus s'adresse-t-il à lui de préférence ? Ce n'est pas qu'il fût chargé des provisions, ou qu'il eût besoin d'une leçon ^. L'auteur du quatrième Evangile spécialise volontiers certains détails, et peut-être avait-il quelque intérêt à rappeler le souvenir de Philippe ^, comme

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