Cf. I, 43-49; xn, 21-22; xiv, 8-9, et supr. p
d'un personnage connu dans le milieu où lui-même écrivait. Philippe répond, avec assurance, que deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour en donner un peu à tout le monde. Il n'en faut pas conclure que les deux cents deniers représenteraient le contenu de la bourse apostolique K Philippe ne dit pas qu'on ait les deux cents deniers ; il observe seulement que cette somme, considérable à son estimation d'homme du peuple, ne serait pas suffisante pour l'objet que se propose Jésus. L'évangéliste n'a fait que modifier légèrement et interpréter la réplique des disciples dans Marc : « Irons-nous acheter du pain pour deux cents deniers, afin de leur donner à manger ? » Il a fait réflexion que la somme n'aurait pas suffi, et c'est pourquoi Philippe le dit. On remarquera que la réponse de Philippe ne s'adapte pas tout à fait à la question posée : c'est que l'évangéliste, tout en s'écartant de la narration synoptique, ne la perd pas de vue, et qu'il la suit tout en en transposant les données.
Dans les Synoptiques, Jésus^ qui n'a pas suggéré l'idée de l'achat, ne s'y arrête pas quand les disciples la font ressortir comme impraticable et montrent qu'on ne peut songer à retenir la foule pour lui donner des vivres ; il demande aussitôt ce que l'on a de provisions, et les disciples, qui ont cinq pains et deux poissons, les apportent. Contrairement à ce qui est arrivé pour le préambule, cette partie du récit est développée dans le quatrième Evangile. Les pains, et ce sont des pains d'orge, ne se trouvent pas encore aux mains des disciples : c'est « André, le frère de Simon-Pierre », qui signale la présence d'un jeune garçon porteur des cinq pains et des deux poissons. Mais la suite du récit n'est pas modifiée par l'insertion de ce détail. Le Christ commande aussitôt, comme dans les trois premiers Evangiles, que l'on fasse asseoir le peuple ; il prend les pains pour les bénir et commencer la distribution, sans qu'on dise comment les pains sont venus des mains du jeune garçon dans les siennes. Il va de soi, disent les commentateurs, que les petites provisions que le jeune garçon portait avec lui pour les vendre auront été achetées par les disciples, sur l'ordre de Jésus ; et l'intervention d'André ne peut être que le souvenir d'un témoin oculaire On doit observer cepen-
1. IIoLïZMANN, 101. Il est pkis probable que le chiffre fourni par Marc est retenu par Jean comme un nombre imparfait, figurant l'impuissance de Thomme à mériter le pain de vie, le don de Dieu. Cf. xii, 5.