B. Weiss
LE PAIiN DE VIE
dant que ce témoig-nag-e personnel est assez mal placé au milieu d un récit qui est comme l'interprétation figurée du texte synoptique. L'auteur paraît beaucoup moins préoccupé de ses souvenirs que de ses lecteurs et de la leçon qu'il veut leur inculquer. L'espèce de notice qu'il consacre à André ne semble pas tant faire ressortir le personnage de cet apôtre ^ que l'importance de l'incident auquel il est mêlé. Dans le récit des Rois, où l'on voit Elisée nourrir cent hommes avec vingt pains d'orge, le serviteur du prophète dit : (( Qu'est-ce que cela pour cent hommes? » I^a réflexion d'André : (( Qu'est-ce que cela pourtant de monde », si naturelle qu'elle soit, paraît avoir été écrite sous l'influence de ce passage La qualité des pains, qui n'est pas indiquée dans les Synoptiques, pourrait avoir été suggérée par la même source. Les pains d'Elisée sont des pains de prémices, et, d'après l'époque assignée par l'évangéliste au miracle de Jésus, ceux que le Sauveur va distribuer ont un caractère analogue. Ce n'est pas comme pain des pauvres mais comme pain de la saison, pain rappelant les fêtes pascales que les pains d'orge figurent dans le récit évangélique. Le jeune garçon n'est pas censé au service des apôtres, mais il tient bien, en quelque façon, la place du serviteur d'Elisée, parce qu'il devient jusqu'à un certain point, le diacre de Jésus. Dans la pensée de l'évangéliste, il semble représenter les ministres auxiliaires de la cène eucharistique chez les premiers chrétiens \
Marc et Matthieu disent que la foule s'assit sur le gazon. Cette indication est développée par Jean dans la remarque : « Or il y avait beaucoup d'herbe en cet endroit. » Le chiffre des hommes est
1. B. Weiss, 234. D'après Holtzmann (/oc. cit.)^ révangéliste oublierait qu'il a déjà présenté André au lecteur (i, 46).
2. II (IV) Rois, iv, 42-44. Dans ce récit, la version des Septante désigne le serviteur d'Elisée par le mot Xsixoupyoç; dans le récit précédent, par xatSàpiov, qui est le mot employé par Jean.