‹ Le quatrième évangileChapitre 358 sur 857 · VI · texte numérisé non relu

VI

2. V, 15. àv£/f/)pr]aev nxXvj zlç, tô opoç se réfère au v. 3 : àvrjXGcV os si; xô opoç. Plusieurs témoins ont çsuysi au lieu de àvE/(op7]asv.

3. C'est ce que paraît signifier « le prophète », dans vi, 14, à la difîérence de I, 21. Mais l'écart des deux idées n'est pas si considérable qu'il paraît (Cf. Volz, Jùdische Eschatologiô, 196), et Jean a pu établir l'équivalence du « prophète » au Messie juif.

LE PAIN DE VIE

eux ; 18. et la mer était ag-itée par un grand vent qui soufflait. 19. Or quand ils eurent fait environ vingt-cinq ou trente stades, ils virent Jésus, qui marchait sur la mer, et qui était tout près de la barque, et ils furent effrayés. 20. Et il leur dit : « C'est moi, ne craignez pas .» 21. Ils voulurent alors le prendre dans la barque, et aussitôt la barque aborda au lieu où ils allaient.

A suivre sans préoccupation la perspective du quatrième Evangile, il semblerait qu'un temps assez long a dû s'écouler depuis que Jésus s'est soustrait aux sollicitations et aux projets de la foule, jusqu'au moment où les disciples se décident à monter dans la barque ' et à naviguer vers Capharnaûm. En reprenant le fil de son récit, révangéliste se réfère à la donnée initiale du précédent tableau : pour s'embarquer, les disciples « descendent au bord de la mer ». Ils étaient donc avec la foule sur la hauteur; car il y a quelque subtilité à dire que les disciples étaient déjà au bord de la mer, mais que ce bord était plus élevé que l'endroit où ils mirent leur barque - à flot. La descente dont il s'agit correspond à l'ascension de la foule, dans le récit de la multiplication des pains. L'intention des disciples était de gagner la rive occidentale du lac. Il est superflu d'en chercher la raison, puisque l'évangéliste ne la dit pas, et de supposer des instructions particulières de Jésus concernant le retour. Dans les Synoptiques^ le Christ se rend sur la rive orientale afin d'y être en paix avec ses disciples; l'empressement de la foule ayant dérangé ce dessein, il renvoie les disciples en présence du peuple, se réservant de les rejoindre plus tard, comme s'il voulait dérouter la poursuite des Galiléens. La situation n'est pas la même dans le quatrième Evangile, où il semblerait plutôt que le retour ait été dès l'abord fixé au soir, et que la retraite de Jésus ait mis les disciples dans l'embarras; ceux-ci devaient retourner le jour même, avec leur Maître, du côté de Capharnaiim, et ils l'attendent le plus tard possible. Ils sont partis à la nuit tombante

1. « Hoc ideo evangelista videtur dicere ut indicet discipulos in eodem loco mansisse usque ad noctem, Christum exspectantes, sperantesque fore ut eumdem in locum, unde sese subduxeral, ad eos reverteretur. » Maldonaï, II, 589.

2. Les mss. N*BL n'ont pas Farticle devant ttXoîov. Qu'on le supplée ou non, cette barque ne peut être que celle dans laquelle Jésus était venu avec ses disciples. Cf. vi, 1, 17 et 22.

3. V. 17. /ca'i ay.oTta f[Ô7] ivsyovsi. Sur la variante : /.aiéXaScv ôè aÙToù; f, axoTÎa, cf. supr. p. 164, n. 2.

A. LoiSY. — Le quatrième Évangile. 2 8

n'espérant plus le voir arriver et pressés de reg"agner l'autre bord.

La mer était mauvaise, à cause d'un grand vent qu'il faisait. Mais l'évang-éliste n'insiste pas autrement sur cette circonstance. En revanche, il marque la distance déjà parcourue par les disciples lorsqu'ils virent Jésus auprès d'eux. Ils avaient fait vingt-cinq ou trente stades, soit environ cinq kilomètres. D'après les Synoptiques, ils étaient au milieu de la mer ^. Le lac a douze kilomètres dans sa plus g-rande largeur; mais nous ignorons le point de départ des disciples et leur point d'arrivée; ils étaient dans la partie septentrionale et se dirigeaient sans doute du sud-est au nord-ouest. La donnée approximative du quatrième Evangile est destinée à préciser l'indication générale des Synoptiques. Il n'est pas utile de fonder un argument sur le chiffre, pour établir que vingt-cinq stades font juste le milieu du lac ; mais on doit moins encore soutenir que les disciples, n'ayant pu se rendre compte de l'espace déjà parcouru, à cause de l'obscurité, se trouvaient plus près de l'autre bord qu'ils ne pensaient, et qu'ils atteignirent ainsi la rive aussitôt qu'ils eurent vu Jésus L'intention de l'auteur n'a pas été de raccourcir la distance à franchir pour atteindre la rive occidentale ; et si l'on veut qu'il ait été lui-même dans la barque, on est mal fondé à prétendre qu'il s'est fait illusion sur les circonstances réelles de la traversée. Il abrège le récit des Synoptiques, parce qu'il s'en sert comme d'une transition, dont un seul trait a pour lui de l'importance. M;iis c'est le comprendre assez mal que de chercher dans ses indications sommaires quelque souvenir personnel qui atténuerait la portée miraculeuse de l'incident rapporté. On remarquera, comme particularité assez caractéristique de sa méthode, que, s'il précise la donnée synoptique touchant le lieu de la rencontre, il néglige la mention de l'heure, qui se trouve dans Marc et dans Matthieu. Peut-être avait-il quelque raison positive de l'omettre, pour le symbolisme du récit ^.

j. Dans Matth. xiv, 24, le ms. B et d'autres témoins isent : t6 oè tzIoIov r)5r] iTOLolouç xroAXo'j; y.r.ô yTj; àrsiy sv (au lieu de [jLsaov t^; 6aXàaa7]ç yjv). Si cette leçon est primitive, l'auteur du quatrième Évangile aura pu être induit par là à déterminer la distance. IIoltzmann, 103.

2. Explication naturaliste du miracle, acceptée par B. Weiss, 241, (jui pense retrouver dans ce trait la marque du témoin oculaire.

.3. Dans les Synoptiques, le jour est près de se lever lorsque Jésus rejoint les disciples, et il fait grand jour quand on débarque à Gennésareth cf. Matth. XIV, 21), .'{4-35; Mahc, vi, 48,53-55). Il semble que, dans Jean, tout se passe au milieu de la nuit. (lï. vi, 22 : « Le lendemain. »

Les disciples, ramant ainsi péniblement au milieu du lac, voient tout à coup Jésus debout sur la mer, tout près de la barque, et ils sont effrayés, comme dans les deux premiers Evangiles, et sans doute pour la même raison. Mais Jean ne le dit pas, soit parce que cette circonstance n'a pour lui aucune signification symbolique, soit parce que Tidée de fantôme, même présentée comme une illusion des disciples ^, atténuerait l'effet de sa description. En disant que Jésus était « sur la mer - », il n'a pas voulu signifier la présence du Sauveur sur le rivage, mais bien sur les flots. C'est la vue d'un homme marchant sur l'eau qui terrifie les gens de la barque. Jésus les rassure en leur adressant la parole, comme dans les Synoptiques : « C'est moi, ne craignez pas. » Mais la conclusion du récit n'est pas la même. D'après Marc, Jésus monte aussitôt dans la barque, et le vent se calme; la traversée s'achève sans difficulté 3. Dans Matthieu, Pierre vient à Jésus en marchant lui-même sur l'eau; il s'y enfonce, parce qu'il a peur; Jésus, lui prend la main, et tous deux montent dans la barque ; après quoi la tempête s'apaise et le voyage se termine comme dans Marc^. Chez Jean, le miracle est prolongé, en quelque façon, jusqu'au terme de la traversée, et l'apaisement de la tempête n'a plus lieu d'être signalé ; les disciples ont bien l'intention de prendre Jésus avec eux dans la barque, mais il n'y monte pas, car la barque arrive incontinent à destination '\ L'évangéliste ne dit pas où les disciples descendirent ; on peut déduire, de ce qui précède et de ce qui suit, que ce fut à proximité de Capharnaùm ^. Marc et Matthieu indiquent le nom de Gennésareth : ce n'est pas pour éviter cette donnée, ou pour la contredire, que Jean ne la reproduit pas, mais parce qu'elle n'ajouterait rien à la signification du récit. Le miracle gagne en relief par l'indication plus vague, au point de vue géographique : « Aussitôt la barque aborda au lieu où ils allaient. »

Saint Augustin et saint Thomas ont eu la sagesse de ne pas vou-

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