‹ Le quatrième évangileChapitre 359 sur 857 · Cf. VI · texte numérisé non relu

Cf. VI

loir résoudre la contradiction que présentent les récits des Synoptiques et celui de Jean, si on les prend tous comme lettre d'histoire. Saint Jean Chrysostome, en dépit de l'évidence, supposait que le quatrième Evangile ne parle pas du même fait que les deux premiers. Les modernes ont exercé leur ingéniosité sur la phrase johannique : « Ils voulurent alors le prendre dans la barque », en l'interprétant comme si elle signifiait : « Ils furent alors disposés à le prendre dans la barque », et en supposant que Jésus y monta réellement K Jean ne Taurait pas dit, parce que la chose allait de soi. Les Synoptiques, de leur côté, auraient omis de dire que l'on avait pris terre aussitôt que Jésus était monté dans la barque. L'évangéliste, dit-on, a voulu marquer la succession de sentiments différents chez les disciples : ils avaient peur de l'homme qu'ils voyaient sur l'eau; rassurés par Jésus, ils sont disposés à le prendre avec eux. Mais si l'idée de l'auteur avait été qu'ils le prirent effectivement, il n'aurait pas manqué de dire : «. Ils le prirent alors volontiers dans la barque - », et il n'aurait pas fait ressortir leur intention, avec la circonstance de l'atterrissage immédiat, qui en exclut l'accomplissement. N'est-il pas presque ridicule d'admettre que Jésus serait monté dans la barque pour en descendre aussitôt? On oublie que l'apaisement delà tempête, dans les Synoptiques, n'a plus aucune raison d'être si la barque arrive à destination dès que Jésus y est entré : le récit des deux premiers Evangiles laisse clairement entendre qu'on a continué de naviguer en mer calme jusqu'au pays de Gennésareth. Pour concilier les évangélistes, il faut dire que Jean abrège et transforme la conclusion du récit, dans une intention didactique, voulant faire entendre que le Verbe incarné, qui tout à l'heure parlera de donner sa chair en nourriture et son sang en breuvage, n'est pas soumis aux lois de la matière, pas plus à la loi de l'étendue qu'à celle de la pesanteur S'il s'abstient d'affirmer en termes exprès que Jésus s'est trouvé à terre avec les disciples, sans monter avec eux dans la barque, c'est peut-être afin de ne pas contredire ouvertement les Synoptiques. Il n'a pas voulu grossir ^ ni diminuer le miracle ; il a voulu l'interpréter, dans

J . Voir ScHANZ, 208.

2. Il faudrait en eiTet : OiXovxa; oGv 3Àa6ov (B. Weiss, 240).

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