‹ Le quatrième évangileChapitre 365 sur 857 · Marc, xn · texte numérisé non relu

Marc, xn

LE QUATRIÈME ÉVAN(ilLE

été miraculeuse, ou que la foule n'en avait pas été frappée ; on y voit une preuve de Tendurcissement des Juifs, ou bien l'on observe que Tappétit du merveilleux est insatiable, et que Jésus lui-même a provoqué la demande d'un signe extraordinaire, en disant que le pain commun n'est rien, et qu'il faut chercher le pain de vie éternelle ; une explication beaucoup plus ing-énieuse ^ consiste à dire que les Juifs sont en droit de solliciter un nouveau signe qui autorise indubitablement Jésus comme Messie, puisqu'il a refusé de faire la seule chose qui attesterait sa mission, prendre le titre de roi d'Israël. Toutes ces conjectures méconnaissent la véritable nature des données à interpréter.

Si l'on suit la pensée de l'évangéliste, il est certain que les interlocuteurs ont assisté à la multiplication des pains ; Jésus lui-même vient de leur dire : « Vous me cherchez parce que vous avez mangé des pains. » Il est certain aussi que la multiplication des pains a été un grand miracle, et que la foule en a été ravie. L'insistance que mettent les Juifs à réclamer un nouveau signe est une preuve de mauvaise volonté ; mais c'est justement cette mauvaise volonté qui jure avec l'empressement de la veille ; et si l'on veut que la foule ait été déconcertée par la fuite de Jésus, on ne voit pas pourquoi elle le suit toujours ; on voit encore moins qu'elle soupçonne l'idée d'une mission autre que celle de Messie comme elle l'entendait elle-même, et qu'elle ait voulu un signe extraordinaire à l'appui de ce rôle inconnu. L'équilibre du récit doit être cherché dans les idées, non pas dans les traits matériels de la description, qui, étant symboliques, peuvent sembler contradictoires sans l'être en réalité. Jamais, dans les trois premiers Évangiles, Jésus ne se présente ouvertement au peuple comme le Messie promis. En disant que la foule avait voulu s'emparer de lui pour le faire roi, l'évangéliste a beaucoup moins décrit un incident du ministère galiléen qu'il n'a fait ressortir une disposition des Juifs. Dans la circonstance présente, il signifie, par la question posée, l'aveuglement de la masse qui ne trouvait pas que les œuvres de Jésus fussent celles du libérateur attendu. La contradiction n'affecte que la logique extérieure, l'économie littéraire du chapitre, non le fond des choses, qui se ramène à deux idées très simples : le peuple juif aurait cru volontiers à ce que Jésus n'était pas

Page 1