Cf. IIOLTZMANN, HO
LE PAIN DE VIE
chair, pour la vie du monde K » On peut lire, sans faire honte à la grammaire, et on lit - : « Le pain que je donnerai, ma chair, est pour la vie du monde. » Phrase entortillée ^, d'allure moderne^ de signification indécise et flottante, qu'on ne songerait pas sans doute à couper si bizarrement, si le sens naturel qu'elle présente ne déconcertait quelque préjugé théologique. S'il n'avait voulu qu'annoncer ainsi la mort du Sauveur, l'évangéliste se serait grandement torturé l'esprit pour exprimer la chose la plus simple du monde ; et, il aurait oublié ce qui lui importait le plus à dire, à savoir que le salut est garanti à la foi par cette mort rédemptrice ; car il ne dit rien de la foi, ni du salut par la foi. On ne peut admettre non plus que le pain soit donné en tant qu'il descend du ciel pour la vie du monde, l'incarnation étant censée le seul sacrifice consenti par le Logos ^. L'évangéliste a évité de dire que le Verbe se soit abaissé en s'incarnant, et l'on n'a pas le droit de lui prêter une idée qui lui répugne. Son langage s'explique très bien comme un écho de l'institution eucharistique ; il laisse entendre que la mort du Christ est la condition des biens spirituels, en tant qu'elle est la condition de sa gloire ^, et l'emploi constant des mots « chair » et « sang » atteste que la relation de l'eucharistie avec la passion du Sauveur est maintenue. Le sens recommandé par le contexte, où domine la pensée du Christ donné en nourriture, comme chair et sang, dans un état de mort, est évidemment : « Et le pain que je donnerai, c'est ma chair », ma chair donnée « pour la vie du monde ». L'idée de la passion et celle de l'eucharistie sont aussi étroitement associées dans le quatrième Evangile que dans saint Paul ^ et dans les relations synoptiques de la dernière cène, quoique Jean ne présente pas la mort du Christ comme un sacrifice expiatoire
1. V. 51. xai 6 apToç Ô£ ov lytij ooSato rj aàpÇ fxou sœtiv UTcep x^'ç xou xoatxo'j Çcofjç. Leçon glosée, clans le texte reçu, par l'addition de riv lyw Btoaw après iattv, régularisée pour la construction, dans le ms. K, par la transposition de la finale uTisp X. X. X. Ç avant f) aàpÇ p-ou.
3. On renvoie, pour une construction analogue, à xi, 4, qui n'est pas réellement parallèle à vi, 51.