‹ Le quatrième évangileChapitre 386 sur 857 · ScHANz · texte numérisé non relu

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Lt: QUATRIÈME ÉVANGILE

sang- serait vraiment inconcevable si elle ne se rapportait directement au rite de Teucharistie ; et elle ferait obstacle k l'intelligence du discours, si l'évang-éliste n'avait pas eu d'autre intention que d'inculquer la foi en Jésus mourant pour les hommes. Le rapport habituel qui s'établit et s'entretient entre Jésus et ses fidèles par la communion eucharistiqne est à concevoir comme une sorte de circumincession , analogue à la relation mutuelle qui unit le Père et le Fils. L'auteur du quatrième Evang-ile revient plusieurs fois ^ sur cette idée, qui lui est particulièrement chère. Cette mutuelle inhabitation du Christ dans le fidèle et du fidèle dans le Christ se fonde sur la participation à une même vie divine, que le Fils tient du Père et qu'il communique à ceux qui le reçoivent dans le sacrement. « De même que le Père » qui est « vivant », qui est le principe éternel de la vie, a m'a envoyé, et que je vis par le Père », à cause du Père, parce qu'il le veut, moyennant la vie que je tiens de lui comme son envoyé, « ainsi celui qui me mange », lui aussi, (( vivra par moi - », à cause de moi, moyennant la vie qu'il tiendra de moi. Il n'y a pas ici deux comparaisons entre le Père vivant, qui envoie, et le Fils qui vit par le Père, puis entre le Fils et le hdèle qui vit par lui, mais une seule comparaison entre le Fils, envoyé par le Père, vivant par le Père, et le fidèle mangeant la chair du Fils, du Verbe incarné, et vivant par lui. On remarquera que le Fils est dit vivre par le Père en tant qu'envoyé, c est-à-dire en tant que Verbe incarné : l'origine éternelle du Verbe n'est donc pas visée dans ce passage, au moins directement, mais bien la génération temporelle du Fils, la vivification déifîque de son humanité par l'incarnation. Jésus est ainsi le Fils premier né, unique en tant que Verbe fait chair, qui a la vie en lui-même par communication du Père, et qui procure à ceux qui croient en lui la faculté de devenir enfants de Dieu, en les rendant participants de la vie divine qu'il a reçue avec plénitude ; cette participation a son point culminant, son symbole effectif dans la communion eucharistique

\. Cf. XIV, 20, 23; xvii, 11, 21.

2. V. 57. 8tà xôv 7:atépa, St' h^xi. Non « pour le Père » et « pour moi », ou « du Père » et <( de moi », par Faction du Père et du Fils, mais à raison du rapport qui unit le Fils au Père et le fidèle à Jésus.

3. L'emploi du participe présent (xpfoyfov) ne prouve nullement que la manducation doive élro continue, donc purement spirituelle, comme la vie (H. Wkiss, 270j. (Conçoit-on un être toujours mang^eant, même par métaphore ? La manducation intermittente assure la continuité de la vie.

LE PAIN DE VIE

Après les mots ^ : <( Celui qui mang-e ma chair et qui boit mon sang- demeure en moi, et moi en lui », quelques anciens témoins 2 ajoutent : a comme le Père en moi, et moi dans le Père. En vérité, en vérité je vous le dis, si vous ne prenez le corps du Fils de l'homme comme le pain de vie, vous n'aurez point la vie en lui 3. » La comparaison du Fils vivant par le Père et du fidèle vivant par le Fils est ainsi amenée plus facilement et plus naturellement que dans le texte ordinaire ; l'omission accidentelle de ce passag-e s'expliquerait sans peine ^ ; toutefois l'emploi du mot « corps » serait surprenant, dans ce chapitre où l'on a partout le mot « chair », et la tournure : (( recevoir le corps du Fils de l'homme comme le pain de vie », a un certain air de g-lose \ Si l'addition était authentique, il faudrait dire que l'évangéliste a voulu désig-ner le plus clairement possible l'eucharistie, en employant en cet endroit la terminologie synoptique ^.

Les dernières paroles de Jésus résument tout le discours : « Tel est le pain descendu du ciel, non comme » celui que « les pères » des Juifs (( ont mangé, et » qui ne les a pas empêchés de « mourir. Qui mange ce pain vivra éternellement. » Jésus se désigne encore une fois comme l'unique pain de vie. Le pain qu'il donne est tel qu'il vient de dire, un pain vivifiant pour l'éternité, parce que luimême est le Fils vivant, le Verbe incarné. Et ce pain vraiment céleste n'est pas comme la manne, un aliment vulgaire, qui ne préserve pas de la mort. L'antithèse de la manne et du pain de vie est rappelée dans cette conclusion, parce que l'évangéliste y attache une grande importance. Une analogie providentielle existe entre la manne donnée aux Israélites et la nourriture mystique des chrétiens. Mais quelle différence entre les deux ! C'est toute la différence de la Loi et de l'Evangile. La manne nourrissait seulement le corps, comme aurait pu le faire un autre aliment, et n'avait aucune efficacité surnaturelle ; tous ceux qui en ont mangé sont tombés dans la mort, et sans espoir de résurrection glorieuse. Le chrétien, au con-

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