VI
LE PAIN DE VIE
foule qui avait été témoin de la multiplication des pains. La dernière lui est fournie par la tradition synoptique dont il résume et interprète les données. On a vu que l'insuccès de Jésus à Nazareth fournit à Fauteur du quatrième Evangile un symbole de Finsuccès final du ministère g-aliléen. Gapharnaûm est préférée ici à Nazareth, parce que ce fut le centre principal de la prédication du Christ en Galilée. D'ailleurs, l'évangéliste ne pouvait conduire la foule à Nazareth, et il ne song-eait pas à suivre jusqu'au bout la tradition synoptique, d'après laquelle Jésus ne put faire de miracle en son pays. La synagogue demeure, tant par le souvenir de Nazareth que par celui même de Gapharnaûm i et de la mention fréquente des synagogues dans les relations synoptiques de la prédication galiléenne. Jean n'a visé qu'à une certaine vérité générale de représentation, où se concilient sans peine les indications dontune exégèsepesante et littérale essaie vainement deprocurer l'accord sur le terrain de l'histoire, dans l'enchaînement des faits particuliers. Get accord n'est pas possible; mais il n'y a pas non plus de contradiction échappée à Tinadvertance de l'évangéliste -, parce que les données dont il s'agit ne sont pas, dans sa pensée, rigoureusement historiques.
Ainsi la relation de cet entretien dépend, en quelque façon, des Synoptiques, tout comme le récit des miracles qui le précèdent. Mais les trois étapes de l'exposition doctrinale, le développement successif des trois paradoxes sur le Ghrist pain de vie ■\ sur le pain de vie chair du Ghrist ^, sur la chair et le sang du Ghrist aliment véritable ^ ne s'adressent pas aux Galiléens contemporains de Jésus. G'est le commentaire théologique et mystique de la tradition consignée dans les premiers Evangiles, offert aux lidèles des communautés chrétiennes, moins comme une instruction sur le mystère qu'ils connaissent, que comme une triomphante apologie contre les fausses idées et les grossières objections des Juifs ou des païens sur le même sujet