‹ Le quatrième évangileChapitre 389 sur 857 · VI · texte numérisé non relu

VI

6. HoLTZMANN, loc. cit. Origène [Cels. VI, 27) dit que les mauvais bruits qui avaient cours sur les repas liturgiques des chrétiens (Ousaxeta SsiTiva. Cf. Eusèbe, Hist. eccl. V, 1, 14) venaient des Juifs.

A. LoiSY. — Le quatrième Évangile. 30

VI. 60. Alors beaucoup de ses disciples, qui ravaienl entendu, dirent : « Ce discours est bien dur! Qui peut Técouter? » 61. Et Jésus, connaissant en lui-même que ses disciples murmuraient, leur dit : « Gela vous scandalise! 62. Et si vous voyez le Fils de Thomme remonter où il était auparavant...? 63. C'est l'esprit qui vivifie; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. 64. Mais il y en a parmi vous certains qui ne croient pas. » Car Jésus savait, dès le commencement, quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui devait le trahir. 65. Et il disait : « C'est pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, s'il ne lui est donné par le Père. »

66. Pour cette raison, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui. 67. Alors Jésus dit aux Douze : « Vous aussi, voulez-vous partir? » 68. Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous? Tu as des paroles de vie éternelle ; 69. et nous, nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu. » 70. Jésus leur répondit : « Ne vous ai-je pas choisis douze? Et l'un de vous est un démon. » 71. Et il parlait de Judas (fils) de Simon Iscariote ; car c'était lui qui devait le trahir, (bien qu'il fût) l'un des Douze.

L'auteur ne dit pas l'impression produite par le discours précédent sur la masse des assistants ; il va de soi qu'ils ont été de plus en plus déconcertés à mesure que Jésus a développé sa doctrine. Une curiosité intéressée les avait momentanément attachés à la suite du Sauveur; ce qu ils entendent les éloigne, et leur commencement de foi imparfaite se change en incrédulité malveillante, comme naturellement, et sans que Eévangéliste pense même à en faire la remarque. Mais il tient à préciser l'effet du discours sur ceux des Galiléens qui, sans appartenir au cercle le plus étroit des amis de Jésus, c'est-à-dire à la société des Douze, pouvaient néanmoins être dits ses disciples, parce qu'ils avaient cru jusque là à sa mission divine. Au fond^ ce sont ceux-là qui représentent Tauditoire galiléen du Sauveur, et l'évangéliste ne paraît les distinguer de la foule dont il a été question plus haut que pour rester, autant que possible, dans le cadre qu'il a lui-même tracé. Ces disciples du second degré, qui s'imaginaient croire, se montrent incapables d'entendre le véritable Evangile, l'écononnie spirituelle du salut, le profond symbolisme et la réalité surnaturelle des mystères chrétiens. « Dure parole! s'écrient-ils; qui peut l'écouter? » 11 ne s'agit pas ici de comprendre \ mais de subir un tel enseignement, qui révolte

d. Texte : aurou ixoûsiv (non auiov). Cf. i, 37 ; m, 29.

LE PAIN DE VIE

le sens commun et blesse le sens religieux. Les Galiléens trouvent insupportables des paroles dont ils n'ont pas saisi le vrai caractère. Ce qui les choque est l'idée de manger la chair et de boire le sang de Jésus. Le scandale de la croix ne peut être ce qui les étonne \ car l'idée de la mort du Sauveur n'est pas énoncée dans le discours, et c'est prêter aux Galiléens une perspicacité plus grande que celle dont l'évangéliste gratifie ordinairement les auditeurs du Christ que de les supposer rebutés par une pensée sous-entendue, non par une intelligence toute matérielle du discours qui leur a été adressé.

Jésus connaît « en lui -même », c'est-k-dire sans que les paroles des auditeurs soient parvenues à ses oreilles ou lui aient été rapportées, la disposition où son discours a mis tous ces gens qui lui étaient ou lui semblaient attachés jusqu'alors. Il se montre à son tour comme péniblement surpris, et l'accent du reproche se mêle à l'étonnement dans les paroles qui vont consacrer, non conjurer, la rupture déhnitive, tout en justifiant sa doctrine contre l'interprétation grossière qu'en ont donnée les Galiléens. « Cela, dit-il, vous scandalise? Et si vous voyez le Fils de l'homme remonter où il était auparavant - ? » La phrase demeure suspendue, et le lecteur est censé pouvoir deviner ce que l'interrogation donne à entendre. Cependant les interprètes se demandent si la seconde question renchérit sur la première ét tend à porter au comble le scandale des auditeurs, ou bien si elle est destinée, au contraire, à l'atténuer, en préparant l'explication qui vient ensuite. Les uns suppléent : « Ne serez-vous pas scandalisés bien davantage encore ? » et les autres : (( Aurez-vous lieu encore d'être scandalisés ? » Selon la première explication, l'absence du Christ devra créer un nouveau scandale pour les Juifs ; selon la seconde, sa glorification devra les inviter à penser que la manducation de sa chair n'aura pas la forme répugnante qu'on lui suppose. La seconde explication est moins naturelle, et l'on peut même dire qu'elle n'est pas suggérée par le texte ; car il n'est pas question de la gloire du Messie, mais bien de son départ. Ne dirait-on pas même que l'évangéliste, en employant la formule : « monter où il était », a plutôt voulu éviter l'idée de gloire, pour faire ressortir l'idée d'absence? Cette explication trouve

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