‹ Le quatrième évangileChapitre 391 sur 857 · Par exemple, B. Weiss · texte numérisé non relu

Par exemple, B. Weiss

LE PAIN DE VIE

que Ton boive son sang, et il ne sera plus en ce monde. Voilà de quoi troubler la petite foi de tous les Juifs. Pourtant c'est là qu'est la clef du mystère ; et le mot de Ténig-me, à peine indiqué dans la question, mais très nettement dessiné dans la pensée de l'évangélistç, va se dégager de toute ambiguïté dans les paroles suivantes. Déjà pourtant le lecteur perspicace, car c'est à l'auteur et au lecteur qu'il faut penser, non aux conditions historiques d'une conversation réelle entre Jésus et les gens de Capharnaûm, le lecteur, disonsnous, peut entrevoir la solution du problème dans ce qui est dit du Fils de rhomme remontant là d'où il est venu. Venu du Père, le Fils de l'homme va retourner au Père ; Verbe éternel devenu chair, il va rentrer, pour ainsi dire, dans la gloire de son éternité, en y introduisant sa propre chair ressuscitée, spiritualisée. Le lecteur sait cela, et il comprendra sans peine ce que l'on va dire de l'esprit qui vivifie. Les Juifs ne comprennent rien à ces choses et n'y voient qu'une accumulation de scandaleux paradoxes : ainsi se présententelles à l'esprit des Galiléens. L'emploi du mot « voir n ne donne pas à supposer que les Galiléens pourraient être témoins de l'ascension, conçue comme un phénomène sensible, tel que la décrit l'auteur des Actes. Le retour au Père n'est pas figuré de la sorte dans le quatrième Evangile, et le spectacle de l'ascension aurait dû plutôt satisfaire les Galiléens que les scandaliser. Il est par trop subtil de supposer que le Golgotha se confond avec le mont des Oliviers, et doit provoquer la répugnance des auditeurs ^ Ni la passion ni la gloire ne sont au premier plan du discours. L'homme charnel, le Juif incrédule ne peuvent pas les y reconnaître. Ils constateront un fait, « ils verront » que Jésus n'est plus là, sans comprendre qu'il est « monté où il était auparavant ». L'évangéliste n'a pas voulu dire que les Juifs seraient vraiment témoins de la rentrée du Verbe dans sa gloire éternelle, car les disciples eux-mêmes n'en ont pas été témoins dans le sens où l'on devrait ici l'entendre ; mais il a dû employer une formule exprimant à la fois pour le lecteur la difFiculté que la disparition de Jésus, consécutive à sa mort, crée à la foi des Juifs, et l-e véritable sens de cette disparition pour le fidèle^ à savoir qu'elle est un retour au Père, une glorification de Jésus, une apothéose de son humanité, une spiritualisation de sa chair.

« C'est l'esprit qui vivifie, continue le Sauveur; h\ chair ne sert

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