Plusieurs interprètes catholiques et protestants
4. B. Weiss, 276 : « l'être corporel du (Christ ne sert de rien ; son esprit seul vivifie. » J. Réviixe, 183 : « La chair, c'est Tincarnation. Or c'est au Logos incarné qu'il faut avoir foi pour être sauvé. » Mais l'évangéliste n'aurait pas voulu dire que l'incarnation ne sert de rien ; et comment concevoir le salut par la foi n une chose inutile ?
LE PAIN DE VIE
Un supplément d'explication ne serait pas inutile ^, mais l'évang-éliste n'aura pas cru pouvoir le donner sans braver par trop la vraisemblance historique; il aime, d'ailleurs, à rester dans le symbole, à ne pas aller jusqu'à la définition précise et formelle de sa pensée ; il ne juge pas non plus cette définition nécessaire, et il pense en avoir assez dit pour se faire comprendre. Dans le cas présent, si divergentes que soient les opinions des exégètes, il est vraiment assez clair pour quiconque sait embrasser comme lui d'un même regard tous les éléments de sa doctrine, sans demander à d^autres qu'à lui-même le commentaire de son enseignement. L'auteur n'a pas regardé comme de purs symboles le baptême et l'eucharistie ; il y voyait des signes tout pleins de l'esprit divin, de la vie divine qui sont en Jésus, et que Jésus glorifié communique à ses fidèles. L'action de l'esprit dans le baptême a le caractère de régénération, infusion de vie nouvelle et supérieure ; l'action de l'esprit dans l'eucharistie a le caractère de nutrition, de participation réitérée au principe même de la vie surnaturelle. Dans le baptême, Jésus glorifié donne l'esprit ; dans l'eucharistie, il l'apporte en quelque façon lui-même, la communion eucharistique l'unissant à tous les siens, unissant tous les siens en lui dans un même esprit, une même vie, qui sortent de lui, qui atteignent le fidèle à travers le symbole extérieur et l'acte sensible, en sorte que tous sont un en lui et qu'il est lui-même en tous. Gardons-nous de ramener à des formules abstraites ce réalisme mystérieux où se définit le christianisme vivant.
On a supposé que les mots « esprit » et « chair » pouvaient viser directement l'état du Christ immortel Telle est bien l'arrière-pensée de l'évangéliste; tel est, si Ton veut, le sens spirituel de sa double
1. La version syriaque du Sinaï, dont on n'a pu malheureusement rétabUr tout à fait la lecture, contenait cette explication : « C'est l'esprit qui vivifie
le corps ; vous donc ; le corps ne sert de rien, » S'il n'y avait d'ajouté que
le mot (( corps » (qui remplace le mot « chair » dans tout le discours), on pourrait croire à une glose commune; mais il y avait une parole de conciliation interposée avant les mots : « le corps ne sert de rien ». Baldensperger, 60, observe que l'évangéliste n'a pas dit « la chair et le sang ne servent de rien », à cause de l'efficacité attribuée au sang rédempteur. L'association naturelle du sang et de la vie, celle de l'esprit et du sang dans la conception johannique de l'eucharistie expliquent beaucoup mieux cette omission. Pour l'auteur, le sang est un élément moins matériel que la chair.