‹ Le quatrième évangileChapitre 394 sur 857 · HOLTZMANN · texte numérisé non relu

HOLTZMANN

LE QUATRIÈIME ÉVANGILE

assertion. L'humanité du Christ glorieux est comme passée en esprit ; de chair, un sens vulgaire du mot, il ne saurait être question pour lui ; le Christ est tout esprit, même dans sa chair que nous mangeons, dans son sang que nous buvons; et ce n'est certes pas le manger et le boire, la participation au pain qui devient pour nous sa chair, au calice qui devient pour nous son sang, qui par euxmêmes nous profitent ; mais par les symboles apparents de la chair et du sang, dans la réalité invisible de la chair et du sang, nous communions à Jésus tout esprit, tout vie, osons dire tout Dieu, à condition qu'on ne donne pas à cette expression un sens trop absolu. Néanmoins, si cette conception est au fond du discours, elle n'est pas à la surface. Ce que Jésus énonce directement est, si Ton peut s'exprimer ainsi, moins immédiatement chrétien : c'est une invitation à penser ce qui vient d'être dit. Ce qui est signifié aux Juifs, c'est que, dans cette matière du pain de vie, l'on doit regarder au principe de la vie qui est l'esprit, non à la chair qui n'est rien, et que, manger la chair et boire le sang du Christ étant le moyen de s'appi-oprier sa vie, l'action de manger et de boire doit être appréciée au point de vue de la vie communiquée, non par rapport à ce qui est bu et mangé. 11 est clair que ce premier sens, extérieur et littéral, n'est pas tout à fait complet ni entièrement équilibré. La faute en est au procédé de l'évangéliste, qui fait parler Jésus aux Juifs, tout en parlant lui-même à ses contemporains.

La conclusion : <( Mes paroles sont esprit, elles sont vie », montre bien qu'il ne s'agit pas de discours métaphorique à prendre dans un sens purement idéal, car le mot « vie » se rapporte nécessairement à l'objet de l'enseignement, non a sa forme ; donc aussi le mot « esprit » ; l'un et l'autre visent l'enseignement tel qu'il a été donné ; dao'^ le sens naturel que présente la double assertion où ils sont associés, on ne saurait distinguer un élément de la doctrine, à savoir la forme, qui ne serait pas spirituel et vivifiant, et un autre élément, ridée cachée sous la métaphore, qui aurait ces qualités. L'antithèse, encore une fois, n'est pas entre lalettreet l'idée cachée sous la lettre, entre; la. métaphore et la vérité abstraite, mais entre la réalité sprituelle et vivifiante de la communion à Jésus, communion qui a son symbole elFectif, sa consommation terrestre dans l'eucharistie, et la façon toute matérielle dont les Juifs comprennent l'enseignement du Sauveur et le sacrement chrétien. Les « paroles » dont il s'agit ne sont pas seulement la seconde partie du

LE PAIN DE VIE

discours elles ne sont pas non plus Tenseig-nement de Jésus en général ou du moins, si Févang-éliste a cette arrière-pensée et veut insinuer le caractère perpétuellement vivifiant du Verbe révélé, la référence immédiate est atout le discours qui vient d'être prononcé. On entend volontiers le mot « parole » selon le sens qu'il a dans les langues classiques et modernes, et Ton dit que les paroles de Jésus transmettent la vie spirituelle ^\ Mais quand même (( parole » ne serait pas, en cet endroit, synonyme de chose, comme il arrive souvent en hébreu ^, il y a, par l'effet du réalisme mystique qui caractérise le quatrième Evangile, comme une sorte d'hébraïsme dans la pensée générale, qui n'est pas : « mes paroles sont véhicule d'esprit et dévie », mais plutôt : « l'objet dont je vous ai entretenus est une réalité spirituelle, vivante, vivifiante », ou bien : (( les choses dont je vous ai parlé sont de l'esprit, de la vie. » Les paroles du Verbe incarné ne représentent pas des vérités abstraites, mais des réalités transcendantes qui vivent dans sa parole et qui vivent aussi par elles-mêmes. Les paroles s'identifient à l'idée, et l'idée à la réalité spirituelle ; d'où il suit que les paroles sont « esprit et vie ». Les paroles du Christ sont une force divine et la chair du Christ est de l'esprit divin ^

D'ailleurs, ce n'est pas la difficulté qu'ils trouvent à ce que Jésus leur enseigne qui rend les Galiléens incrédules ; c'est le manque de foi qui les empêche de comprendre. L'évangéliste le fait dire par Jésus lui-même : « Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas » ; et s'ils ne croient pas, c'est pour le motif qui a été indiqué plus haut parce que « nul ne peut venir » au Fils « à moins que le Père ne l'attire ». On a ici comme la contre-partie de ce que le Christ dit à Simon, dans le premier Evangile ^, sur ce qui lui a été révélé par le Père céleste, non par <( la chair et le sang », au sujet du Messie. Comme on va retrouver la confession de Pierre sous une forme adaptée à l'Evangile johannique, il est probable qu'on en a

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