‹ Le quatrième évangileChapitre 396 sur 857 · Origène, Gels. II · texte numérisé non relu

Origène, Gels. II

2. Plusieurs anciens témoins (dont n) omettent la négation. Ss. Se. : « Car Jésus savait depuis le commencement qui devait le trahir. »

3. B. Weiss, 277 : Depuis que les auditeurs avaient commencé à ne pas croire, depuis le moment où le discours les avait choqués. Cf. xvi, 4, où la même locution est employée, et rapprocher xv, 27,

4. S. Au<>ustin, Théophylacte, Rupert. «. Sed non videtur tam longe evangelista resj)exisse. » Maldonat, II, 645.

LE PAIN DE VIE

d'histoire, on est amené à conclure que le Sauveur a choisi Judas en qualité d'apôtre, sachant bien que Judas le trahirait, et comme pour ménager la possibilité de cette trahison. Les anciens n'y voyaient pas d'inconvénient : Jésus ag^issait comme Dieu, posant toutes les conditions requises pour l'accomplissement des desseins providentiels, et Judas, pour être l'instrument d'un crime nécessaire, ne laissait pas d'en être l'auteur libre et responsable ^. Telle est assurément la pensée deFévangéliste. Les modernes ont plus vivement senti ce qu'il y a de choquant, au point de vue psychologique et moral, dans les relations, ainsi comprises, du Christ avec Judas. On observe que Judasn'est pas mauvais quand Jésus le choisit, et que les déclarations du Sauveur touchant le futur traître étaient comme une invitation qui lui était faite de se convertir-. Mais on oublie que ces déclarations ont forme de prédiction absolue, non d'invitation à résipiscence. Que signifierait une exhortation dont l'auteur saurait, de science certaine, qu'elle n'aura pas de fruit? Un savant critique n'hésite pas à dire que l'incrédulité de Judas commence justement avec l'impression qu'a faite sur lui le discours sur le pain dévie, impression que Jésus a remarquée aussitôt, « dès l'abord », sans l'avoir autrement prévue. Détour ingénieux, mais qui fausse l'idée contenue dans le texte, à savoir celle d'une prévision surnaturelle existant « dès l'origine », dès les premières relations de Jésus avec ses disciples et ses auditeurs galiléens.

La difficulté d'ordre moral, que l'on s'efforce vainement d'écarter par ces subtilités, disparaît si l'on prend les assertions de l'évangéliste, celle qu'il vient de produire en son nom, et celle qu'il va émettre par la bouche de Jésus, pour ce qu'elles sont, une définition théologique et non un témoignage d'histoire. Dans les premiers Evangiles, c'est seulement aux approches de la passion que Jésus

1. « Augustino et Bedae assentiri non possnm qui existimant Judam a Christo malum, qualis postea fuit, scienter electum fuisse, eo ipso consilio ut esset aliquis ex suis qui se proderet. » Maldonat, II, 650. S. Jérôme admettait que Judas était bon quand il fut élu : « Deus praesentia judicat, non futura ; nec condemnat ex praescientia quem noverit talem fore qui sibi postea displiceat; sed tantae bonitatis est et ineffabilis clementiae, uteligat eum quem intérim bonum cernitet scit malum futurum, dans ei potestatem conversionis et poenitentiae. » Adv. Pelag. III, 6 {P. l. XXIII, 575).

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