‹ Le quatrième évangileChapitre 4 sur 857 · Barn. XII · texte numérisé non relu

Barn. XII

liNTRODUCTION

tendu Barnabé ne le connaissait pas. II paraît avoir ignoré aussi l'Apocalypse. S'il a écrit à Alexandrie, vers Tan 130, comme on l'admet volontiers ', on devrait inférer de là que les écrits johanniques n'étaient pas encore parvenus en Egypte à cette date, ou qu'ils n'y avaient pas encore pris possession de l'usage ecclésiastique.

Une affinité doctrinale assez étroite existe entre Jean et le Pasteur d'Hermas, principalement en ce qui regarde la préexistence du Christ ^; l'absence du mot Logos et l'espèce de confusion qui règne chez Hermas entre le Fils préexistant et l'Esprit de Dieu ne prouvent nullement qu'il n'ait pas connu l'iwangile; le terme philosophique de Logos a pu lui agréer moins que le nom traditionnel de Fils de Dieu ; même chez Jean la personnalité du Saint-Esprit n'est définie que par rapport au Fils glorifié, dans la mission du Paraclet. Certains rapports d'expression sont assez frappants bien qu'ils ne supposent pas nécessairement une dépendance littéraire. Il ne faut pas dire néanmoins que Jean pourrait tout aussi bien dépendre d'Hermas. Le livre du Pasteur a dû être terminé

1. Harnack, 427. D'autres préfèrent la date de 96-97, à cause de Barn. iv, 4-5, où l'on trouve une citation de Dan. vu, 24, et 7-8; mais l'auteur ne laisse aucunement entendre que les dix rois de ce passage (dont il fait des royaumes, (SaatXsïai) représentent les empereurs de Rome, et qu'il soit lui-même contemporain de Nerva.

2. Hermas, Stm. ix, 12. r] Tzixpa, cprjai'v, autr] xaî r] ttuXt] 6 uiôç tou Ôsoù latî... 2. ô jj.£v uiô; TOU Btou Tiaay]; Tfjç XTt'asw; autou TrpoyevecjTepo; èaxiv, coats au[j.6ouXov auTOv ysvéaôai tto Traxpi xf^ç, xitastoi; aùxoD'.... 3. oxi, Ç7]aîv, Iti' layocrcov xtov 7][j.ep(ov XTjç auvxsXei'aç çavepoç lyévsxo, Bià xouxo xatvT] evgvsxo 7] ttuXt], tva oi [jiXXovxsç aaiÇeoôat 8i'

aùx7]ç eîç XT]v paaiXsi'av eîaéXôwai xou ôsou. 4 ouxco, cpTjai'v, eîç X7]v [jaaiXîtav xou 0eou

pùôetç sÎCTsXsuasxat, sî [xr] Xà6oi x6 ovo[jLa xou utou aùxoC». Cf. Jean, x, 7, 9 ; i, 1-3.

3. On remarquera que l'allégorie delà pierre, dans la note précédente, ne vient pas de Jean, mais seraitplutôtempruntéeà s. Paul (cf. I Cor. x,4) ; celle de la porte peut venir de Matth. vu, 14, combiné avec Ps. cxvin (cxvii), 20, comme dans I Clem. XLvni, 3-4. Ces allégories et celle du « pasteur » ne sont pas développées dans la manière ni dans le style johanniques ; quant à la préexistence, elle se traduit dansies formules de Prov. viii, 22-30, et correspond à ce qu'on lit Col. i, 15, etÀp. III, 14. L'allégorie de la vigne, qui revient en plusieurs endroits, ne se rattache pas plus étroitement à Jean, xv, 1-6. Des propositions telles que : i/. yàp xou 7:v£u|i.axo; aùxou ÈXaêsxs {Siin. ix, 24, 4), et des formules comme âv àXriOzia Tîof £u£C70ai, ;ïv£u[a.a x^ç àX7i6£ta;, etc. semblent toutes johanniques ; mais elles ne sont pas nécessairement empruntées au quatrième Évangile. S. Paul peut y conduire, et dansle passage même d'où sont extraites celles qui viennent d'être citées {Mand. m, 4), la conclusion de la phrase, ^r\Kz iruàyEiv xw :xv£'jp.ax'. xû aetxvà) y.aî àXrjôct, contient une allusion bien plus probable à Épii. iv, 30.

4. Hypothèse de H. Holtzmann. Emleilung in das N. T. (1892) 406. Notons cependant que certains critiques rapportent la composition du Pasteur aux environs de l'an 100.

vers Tan 140, et si certaines parties peuvent être antérieures à cette date, celles où se rencontrent la plupart des emprunts possibles ou probables au quatrième Évang^ile sont les plus récentes. Que cet Evangile ait été connu à Rome, et déjà en crédit vers 130-140, il n'y aurait pas lieu d'en être surpris. Mais le plaçait-on au même rang que les Synoptiques, et y voyait-on Tœuvre incontestée et incontestable d'un apôtre, de l'apôtre Jean, c'est ce que le témoignage d'Hermas ne permet pas de décider

Autant il paraît évident, bien que plusieurs le contestent, qu'Ignace d'Antioche, dépend, dans sa christologie, de l'Evangile ^ johannique, autant le silence qu'il garde, dans sa lettre aux Ephésiens, à l'endroit de l'apôtre Jean, est inexplicable, si cet apôtre a terminé sa carrière à Ephèse. Les lettres d'Ignace ont été écrites vers l'an 115, c'està-dire quelques années seulement après la composition de l'Évangile et la date qu'on assigne à la mort de Jean : l'évêque d'Antioche, qui loue les Ephésiens d'avoir été les disciples de Paul, ne trouve rien à dire de l'apôtre dont le souvenir devait être, plus encore que celui de Paul, présent à tous les esprits, ni de l'évangéliste dont lui-même semble s'être nourri, dont il possède la doctrine, l'ardeur mystique et même le style. On a dit que le passage dans lequel Paul est nommé présente Ephèse comme la voie du martyre où l'apôtre des Gentils a précédé Ignace, et que la mémoire de Jean, qui est mort à Ephèse et n'a pas fini ses jours par le martyre, ne pouvait être évoquée en cet endroit ^. L'échappatoire est subtile; elle prouve seulement que Jean n'aurait pas été à sa

1 . L'idée que les quatre Évangiles seraient figurés dans l'allégorie de la tour tétragonale {Vis. in ; Sim. ix), où les quatre côtés de la tour sont dits correspondre aux quatre parties du monde, a été mise en avant par C, Taylor {Witness of Hermas to the four Gospels, 1892) ; elle n'a pas le moindre appui dans le texte d'Hermas.

2. Magn. vin, 2. o'. yàp ôsiOTaxoi Tcpoçp^xat xaxà Xptaxôv 'Ir,aouv 'éÇriaav. 8ià xouTO zaï sBior/ÔTjaav, l/.TCvsdjjLSVoi uTiô xfj? y àptxoç aùxou,... oxt sT; Oeoç èaxiv, ô çavepoSaa; éauxôv 8ià 'Jrjaou Xptaxou xou uiou auxou, oç laxtv aùxou Xo^o;, cltio aiyT]; TiposXôtov, oç xaxà 7:àvxa sÙTipéaxTjasv xto ;:é[i.t|^avxi aùxov. Cf. Jean, i, 1, 16-17 ; viii,29; xvii, 3, 6. Par la mention du « silence » Ignace touche de plus près que Jean à la terminologie et aux conceptions gnostiques. Rom. vu, 1. 6 àpyow xoO aîwvoç xoùxou5'.ap7:àaat pLE [îouXexat, 2... uoo>p 8s Twv xal XaXoOv èv iij.oi, k'atoÔév [j.ol Xéyov Ssù'po Trpôç xôv Tcaxe'pa. 3... apxov Osou OéXfo, o saxiv aàpÇ 'Irjaou Xpiaxou, xoO' i/. a7i£p[j.axoç AautS, xal 7iO[ia ôiXoj xô a([JLa aùxou, o âaxiv ayà;:?] açOapxoç. Cf. Jean, xiv, 30; iv, 14; vji, 37- 39; XVI, 28; vi, 51, 54-57; l'idée de l'eucharistie, sacrement delà charité, domine les discours après la cène. Philad. vu, 1. xô rveOya où :iXavàxat àTiô 6eou ov. oiOEv yàp Tïo'Osv spy exat xai tioù unàyei, xal xà xpuTixà iXé^/ei. Cf. Jean, m, 8

(I CoR. II, 10).

3. B. Weish, IJas Johannes Kvanf/eliiini {H*^ éd. du commentaire de Meyer, 1893), 3.

INTRODUCTIO

place dans la phrase consacrée à Paul. Si on lit tout le paragraphe, on voit qu'Ignace établit un parallèle entre les Ephésiens et lui-même; il cite comme leur meilleur titre de gloire le séjour que Paul a fait parmi eux ^ Si Tapôtre Jean avait succédé à Paul, si Ephèse possédait son tombeau, c'était une autre matière de louange qui s'offrait naturellement. Nonobstant toutes les réserves qu'une sage critique peut et doit faire sur les arguments de ce genre, l'omission de Jean est à noter comme un fait étrange et dont la signification n'est pas négligeable. Pour tout autre personnage qu'un apôtre, cette omission ne ferait pas difficulté, vu que les Églises d'Asie mineure avaient connu quantité de personnages secondaires dont Ignace n'aurait pas songé à faire l'énumération. La façon même dont le quatrième Evangile est utilisé, sans être cité, ne permet pas d'affirmer qu'Ignace l'ait considéré comme l'œuvre d'un apôtre ; mais il a dû le connaître assez longtemps avant d'écrire ses Epîtres, pour s'être pénétré de sa doctrine et de son esprit au degré que nous voyons. Il concilie la tradition synoptique avec la théologie johannique ; autant qu'on en peut juger, il emprunte à la première l'histoire de Jésus, et à la seconde l'idée qu'on doit se faire du Christ et de son œuvre.

Polycarpe, dans sa lettre aux Philippiens ^, écrite peu après celles d'Ignace, fait un emprunt à la première Epître de Jean ^; du reste il ne nomme pas l'apôtre; de ce qu'il connaissait l'Epître, on infère qu'il a dû connaître aussi l'Evangile. La conclusion n'est que probable, et il est impossible de savoir si, dans la pensée de l'auteur, les écrits johanniques étaient l'œuvre d'un apôtre, ou d'un disciple, ou d'un personnage inconnu. On verra bientôt dans quelle mesure il est permis d'interpréter et de compléter ce témoignage par celui d'Irénée. Le silence que Polycarpe garde au sujet de l'apôtre Jean est plus facile à expliquer que celui d'Ignace dans sa lettre aux Ephésiens, bien que l'évêque de Smyrne rappelle à plusieurs reprises le souvenir de Paul. On doit remarquer cependant que son Epître le montre beaucoup plus nourri des écrits de Paul, auxquels se joint la première Epître de Pierre, que des écrits johanniques.

Son contemporain Papias d'Hiérapolis a également utilisé la première Épître de Jean; mais Eusèbe, qui signale ce fait ^, ne dit pas qu'il ait

1. Eph. XII. oISa Tiç du.1 xai xi'atv ypoccpto. lyw xaxaxpixoç, u[i.£Ïç £X£ri(j.£voi. lyà) uTcô xtvSuvov, u^sXç laTTipiyfxlvot. 2. TràpoBoç £aT£ tojv etç 0e6v àvaipou[jL£Vfjov, IlauXou CTU[i.[j.uaxai, Tou fiyiaa[j.£vou. tou (j.£[jLapTupr][j.Évou, àÇioijLaxapiaTOu, ou yévoiTO ijloi uko xà l'/vr] £Ùp£6rîvai, oxav 6£oO' ETiixuy (o, oç £V Traorr) imaToX^ [jLV/]fjLOV£U£t ufxtov Iv Xpiaxùi 'Ir]aou. Cf. Rojn. IV. 3, la façon dont Ignace parle de Pierre et de Paul.

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