Phil. VII
3. I Jean, iv, 2-3. Le rapport est peut-être plus étroit avec II Jean, 7.
4. Hist. eccl. m, 39, 17. '/.éy^prixcm B' aùxô; [j.apxupt'aiç aizo xfj; 'Loàvvou TrpoxÉpa; £7rtaxoX^ç xal àr.6 xfjç IlÉxpou ôfjLoi'toç. L'attitude de Papias à l'égard de ces deux écrits est donc la môme que celle de Polycarpe.
nommé l'auteur, Eusèbe ne dit pas non plus que Papias ait employé le quatrième Evangile, et bien moins encore qu'il l'ait cité comme œuvre de l'apôtre Jean. Une controverse qui ne s'apaisera sans doute jamais que si l'on retrouve l'ouvrage de Papias sur les discours du Seigneur \ se rattache, comme on sait, au fameux passage, cité dans VHisfoire ecclésiastique''^, où l'on rencontre deux fois le nom de Jean, et qui fournit à Eusèbe l'occasion d'observer que Papias n'a pas connu l^ôtre a Jean, mais un disciple du même nom, Jean l'Ancien, nonobstant le témoignage d'Irénée, qui fait de Papias et de Polycarpe les disciples de l'apôtre Jean**. « S'il arrivait, dit Papias, quelqu'un qui eût suivi les Anciens, je m'informais de leurs discours : de ce qu'avaient dit André ou Pierre, Philippe ou Thomas, Jacques ou Jean, ou Matthieu, ou un autre disciple du Seigneur, et de .ce que disaient Aristion et Jean l'Ancien, les disciples du Seigneur » Eusèbe, qui possédait l'ouvrage de Papias et qui l'avait lu attentivement, dit que l'évêque d'Hiérapolis a été
1. Aoyîoiv xuptaxtov e^TjYrîasi;. Titre indiqué par Eusèbe, loc. cit.
3. Haer. v, 33, 4, IlaTitaç 'lojavvou [jlev àzouaxTjç, rioXuzâpTiou Se sxaipo; ysyovo')?, àpyaio; àv7]'p. II est certain qu'Irénée entend désigner, ici et partout ailleurs où il parle du maître de Polycarpe, l'apôtre Jean. Dans sa lettre à Florinus (Eusèbe, Hist. eccl. V, 20, 6) il dit de Polycarpe : xal ttjv jj-sià Toiocvvou a'jvavaaTpo!p7]v oj; à-riYyeXXe xal xrjv [j-stà toW Xoitcojv tojv âtopaxoxtov tôv xupiov. Il va même jusqu'à dire [Haer. ni, 3, 4) que Polycarpe n'a pas été seulement disciple des apôtres, mais qu'il a été institué par eux évêque de Smyrne. Polycarpe, mort en 155, à quatre-vingt-six ans, était né en 68 ou 69; il n'a pas pu connaître beaucoup d'apôtres dans sa jeunesse, et bien moins encore a-t-il pu être fait évêque par » des apôtres », Dans sa conception du témoignage apostolique, Irénée ne distingue pas nettement les apôtres et les simples disciples ; les uns et les autres forment un groupe, une quantité vague qui recouvre la période des origines chrétiennes jusqu'aux premières années du second siècle. L'âge de Polycarpe se déduit de sa réponse au juge [Mart. Polyc. 9) : u II y a quatre-vingt-six ans que je sers le Christ. »T. Zahn [Einleitung in cl. N. T. Il, 453) veut que Polycarpe ait été baptisé en 69, par l'apôtre Jean ; il aurait été à peu près centenaire quand il mourut. Mais cette interprétation est contraire à toute vraisemblance (cf. Haunack, 342-344). Polycrate d'Éphèse (dans Eusèbe, Hist. eccl. v, 24) dit pareillement qu'il a « soixante-cinq ans dans le Seigneur » : cela signifie qu'il est né chrétien et qu'il a soixante-cinq ans. D'après Harnack, 357, Papias a composé son livre vers 140-160; il appartenait à la même génération que Polycarpe, et il a dû naître vers l'an 80; en toute hypothèse, son livre n'a pu être écrit avant l'an 120.
4. £Î oi 710U xai' 7iapr,xoXou6r,x(o<; Ttç toXç 7ip£Cj6uT£pot; ïlBoi, xoùç to)V 7:p£a6uT£ptov àvÉxpivov Xo'youç xi 'Avôpsa; r] xi Ilexpo; £T7i£v yj xi <l>(Xi:i7:oç y] xî ©(ojjiàç y] 'Iàxfo6oç Yj xi 'boavvrj; r) MaxOaïo; fj xi; é'xcpo; xo)v xou xupi'ou [j.aOr)xwv, à X£ 'Apiaxûov xaî ô 7ip£a6ux£poç 'Io)Xvvr|; 01 xoÙ xupi'ou [j.aOr)xaî Xi^ouaiv,
L>iTRODllCTION
disciple de Jean l'Ancien, non de Tapôtre Jean. En effet, le texte qu'on vient de voir laisse entendre que Jean l'Ancien se distingue de celui qui vient dans l'énumération des apôtres; que c'est un simple disciple comme Aristion, et que Papias a été contemporain de l'ancien mais non de l'apôtre. Il ne résulte même pas de notre texte que Papias ait eu des relations personnelles avec Jean l'Ancien ; mais Eusèbe a pu le déduire lég-itimement d'autres passages. On va contre le sens naturel du discours, et l'on tombe dans la subtilité, en soutenant que Papias mentionne deux fois la même personne : une première fois pour ce qu'elle avait pu dire avant qu'il la connût, et une seconde fois pour ce qu'elle avait enseigné lorsqu'elle vivait non loin de lui^. Il est assez ridicule de prétendre qu'Eusèbe n'aura pas compris Papias : le texte cité s'accorde avec l'interprétation qui en est faite, et cette interprétation s'appuie, en quelque façon, sur la connaissance du livre entier, connaissance qui manque à ceux qui entreprennent de corriger Eusèbe. Et il est presque odieux de supposer qu'Eusèbe, parce qu'il n'aimait pas l'Apocalypse et méprisait les millénaires, aura saisi le premier moyen qui s'est trouvé de rabaisser l'autorité de Papias, en niant qu'il eût été en rapport avec l'apôtre Jean, et aura substitué à celui-ci le personnage secondaire que luimême voulait présenter comme l'auteur de l'Apocalypse^. Quelles qu'aient été ses sympathies et ses antipathies, Eusèbe s'est borné à constater les faits avec une impartialité digne d'être proposée en exemple à ses critiques.
Les presbytres ou anciens dont il est question ne sont pas les apôtres ; ce sont les hommes de la première génération chrétienne, qui avaient entendu les apôtres et qui pouvaient rendre témoignage de leur doctrine. Gomme les recherches de Papias ont eu lieu vers le commencement du second siècle, l'existence de deux intermédiaires, le presbytre qui a connu tel ou tel apôtre, et le garant de Papias qui a entendu le presbytre, n'a rien que de naturel. Les disciples immédiats des apôtres se faisaient déjà rares en ce temps-là. On ne peut alléguer le surnom de Jean l'Ancien contre le sens général du mot dans Papias et même dans Irénée ^ : il est évident que cette désignation s'applique en général à
1. Zahn, II, 216-217. Cet auteur va jusqu'à dire que Jean l'Ancien doit son existence aux notes critiques et aux artifices (?) d'Eusèbe (p. 481).
2. Zahn, loc, cit. Knabenbauer, Evangelium sec. Joannem (1898), 5; BardeniiEWER, Les Pères de VÉglise (trad. française, 1899), I, 125.
3. Pour Irénée, comme pour Papias, les anciens sont les disciples des apôtres ; mais comme la génération apostolique d'Irénée s'étend jusqu'au commencement du second siècle, ses anciens ont presque l'air de correspondre à la génération de Polycarpe et de Papias. Les anciens de celui-ci appartiennent à la génération précédente. Cette simplification de la perspective est à considérer pour l'interprétation d'Irénée.
ceux qui ont vu les apôtres ou les premiers témoins de TÉvangile, et qu'elle est exceptionnelle pour un disciple du Christ. La qualification de presbytre n'a aucunement pour objet de relever le disciple Jean au-dessus d'Aristion\ qui est nommé avant lui, mais bien plutôt de le distinguer du Jean qui a fig-uré dans Ténumération des apôtres. Quand même les disciples du Seig-neur seraient désignés dans notre texte sous le nom de presbytres, comme il semblerait qu'Eusèbe ^ l'a pensé à tort, et comme d'autres ^ le soutiennent après lui, pour combattre ce qu'il dit des deux Jean, l'on aurait toujours l'indication très nette d'une double série de témoins : la première, celle des disciples apôtres, dont Papias n'a pas été contemporain; la seconde, celle de simples disciples, tels qu'Aristion et Jean l'Ancien, qui vivaient encore lorsque Papias prenait ses informations. Ces deux personnages étaient cités dans son ouvrage au même titre, et s'il fallait accorder à l'un des deux quelque prééminence, c'est Aristion qui passerait avant Jean l'Ancien ^. Quoi qu'il en soit, tout