‹ Le quatrième évangileChapitre 40 sur 857 · Supi\ p · texte numérisé non relu

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répondre aux difficultés que présente le témoignage traditionnel ni au véritable caractère de l'Evangile. Dans son Histoire des dogmes \ le savant critique enseigne que le prologue est comme juxtaposé au livre et sans rapport intime avec la doctrine du Christ johannique. Assertion des plus contestables, et qui méconnaît le véritable sens du prologue, où la théorie du Verbe fait chair est tout autre chose qu'un emprunt à la philosophie du temps. Cette théorie est adaptée au sentiment chrétien, à la tradition chrétienne, et elle est la base de tous les récits et de tous les discours contenus dans les vingt chapitres qui suivent. Le besoin qu'ont eu du quatrième Evangile certains théologiens protestants, pour appuyer historiquement leur idée de la révélation, n'est sans doute pas étranger à cette façon d'entendre le rapport du prologue avec l'Evangile et le rapport de l'Evangile avec l'apôtre Jean.

Ainsi l'histoire de la critique laisse une impression aussi douteuse que la discussion du témoignage traditionnel. Aucune hypothèse n'a pu rallier les suffrages des exégèles les plus clairvoyants, qui presque tous ont la leur. Il est à remarquer néanmoins que la plupart des défenseurs de l'authenticité johanniqne font des concessions importantes en ce qui regarde l'interprétation du livre, dont on abandonne plus ou moins le caractère historique, tant pour les récits que pour les discours. La question d'auteur passe au second plan ; le caractère de l'œuvre est ce qui importe le plus à déterminer, et il est évident que, sur ce point, la critique est loin d'avoir dit son dernier mot. A l'heure présente, il semble que la majorité des critiques attribue encore une certaine valeur historique au quatrième Evangile, de même que la majorité des partisans de l'authenticité y reconnaît une part d'idéalisme et l'influence des doctrines particulières de l'évangéliste. D'après ces derniers, le défaut d'historicité n'est pas tel qu'il soit incompatible avec l'origine apostolique ; d'après les adversaires de l'authenticité, il est trop grand pour ne pas l'exclure. La querelle pourra se prolonger indéfiniment, tant que la mesure d'historicité ou de nonhistoricité n'aura pas été mieux définie. Pour qui veut seulement compter et peser les voix, sans prendre position dans le débat, la question de l'authenticité johannique est toujours ouverte; mais un certain nombre de points assez importants semblent devoir être mis hors de contestation.

D'abord la question d'historicité prime la question d'authenticité. A n'envisager que les possibilités, rien n'empêche qu'un apôtre ait idéalisé l'histoire, ou qu'un écrivain postérieur ait fait valoir, mieux que les témoins immédiats, la signification universelle de l'Evangile, le

1. Dogniengeschichle'-^ (J894), I, 93, 109. Du même auteur, Ueber das Verhâllniss des Prologs des vierlen Evangoliums zum ganzen Werk [Zeitschrifl /'. ThcoL II. Kirche, 1892, II, ni, 189-231).

INTRODUCTION

rôle unique et salutaire de Jésus par rapport à l'humanité, le caractère transcendant de sa personne et de sa relation avec Dieu ^ Au point de vue de la vraisemblance historique, une certaine mesure et une certaine forme d'idéalisation paraissent peu conciliables avec l'authenticité johannique, de même que le besoin de définir théologiquement le Christ s'explique moins facilement chez un apôtre que chez un homme de la seconde ou de la troiïïième génération chrétienne. Mais que Tévangéliste soit l'apôtre Jean, ou Jean l'Ancien, ou un personnage qui n'aurait été ni apôtre ni disciple du Christ, et qui ne dépendrait en aucune façon de l'apôtre Jean, ce que l'historien a besoin de chercher d'abord et de savoir, c'est le sens du livre et le genre de source qu'il faut y voir. Le quatrième Evangile doit-il être compris comme un document concernant la vie de Jésus, représentant une tradition autorisée, qu'il faille joindre à celle des Synoptiques et qui pourrait, en certains cas, lui être préférable, ou bien ce document intéresse-t-il beaucoup moins l'histoire de Jésus que l'histoire du christianisme primitif, et doit-il être considéré comme une interprétation heureuse de la tradition apostolique, de la tradition historique représentée par les Synoptiques, et de la tradition théologique inaugurée par saint Paul? Des renseignements originaux sur la carrière et la prédication du Sauveur s'y combineraient-ils avec une philosophie générale de l'Évangile et du mouvement chrétien, de façon à contenir dans le cadre historique de l'Evangile, une théologie du Christ satisfaisante pour l'esprit hellénique, et une apologie de l'Église contre le judaïsme abandonné? Là est le problème capital, on dirait volontiers le seul, auprès duquel la question d'auteur, probablement insoluble, paraît insignifiante.

Il est acquis déjà que l'intérêt didactique domine la préoccupation de l'histoire. L'auteur lui-même déclare qu'il a fait un choix parmi les matériaux traditionnels, et qu'il a écrit pour montrer que Jésus est le Christ, Fils de Dieu, en la foi duquel on a la vie ^. Sa démonstration ne procède pas par arguments, mais par instructions ; il prouve que Jésus est le Fils de Dieu et le Christ Sauveur, en exposant comment Jésus est Fils de Dieu et quel est le sens de son œuvre; il considère sa définition comme une preuve, parce qu'il la conçoit comme une réalité, parce qu'il décrit dans des symboles réels l'incarnation et le salut. La controverse du Christ johannique avec les Juifs se ramène à une aflirmation de son origine céleste et à l'invitation de la reconnaître dans les signes qui la manifestent. Les miracles ont été choisis comme figures des vérités dogmatiques, et les récits sont conduits en vue de cette application doctrinale. Le quatrième Évangile est, avant tout, une grande œ'uvre théologique,

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