‹ Le quatrième évangileChapitre 41 sur 857 · XX · texte numérisé non relu

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et quand même on admettrait qu'il se fonde sur une tradition historique spéciale, il paraît incontestable que les Synoptiques l'emportent sur lui en tant que sources de la vie du Christ et témoig-nag-es de son enseignement.

Le même schéma doctrinal qui est au fond des récits se retrouve dans les discours du Sauveur. Il n'y a pas à discuter l'opinion de certains apologistes qui pensent que le style johannique est proprement celui du Christ, dont le disciple bien-aimé se serait pénétré plus qu'aucun autre auditeur de Jésus K Tout le monde admet volontiers maintenant que les discours de Jésus sont écrits dans le style de l'évangéliste. Mais ce style est si particulier qu'il emporte nécessairement beaucoup du fond. Ce qui constitue proprement le langage johannique est l'emploi constant des mots vie^ résurrection^ lumière^ ténèbres^ chair, esprit, monde, jugement, dans une acception différente de celle des Synoptiques. Reconnaître que la forme des discours appartient à l'évangéliste, équivaut, dans le cas présent, à reconnaître que l'enseignement authentique du Sauveur a été soumis, dans le quatrième Évangile, à un travail d'interprétation, qu'il a subi une transformation réelle, dont il s'agit seulement d'établir autant que possible le caractère et le degré.

La doctrine du quatrième Evangile est profondément chrétienne par son esprit, nonobstant tout ce qu'elle ajoute à la tradition évangélique primitive et ce qu'elle y a modifié. On ne doit parler qu'avec beaucoup de réserve d'influences et d'emprunts étrangers. Les thèses absolues des critiques qui ont vu dans l'œuvre johannique un traité de philosophie alexandrine ou de théologie gnostique ne sont pas soutenables. Le fondement du quatrième Evangile n'est pas un système philosophique, cosmologique ou théosophique, mais la prédication des apôtres galiléens et celle de Paul. Sans doute on ne peut guère nier, avec plusieurs défenseurs de l'authenticité, que l'idée du Logos soit grecque, et que le principe de l'allégorie, qui fait toute la méthode exégétique et tout l'artifice de la composition littéraire du quatrième Evangile, soit le même qui préside à l'exégèse de Philon et à celle des principaux gnostiques. Mais la doctrine du Logos n'est pas empruntée sans être assimilée à l'enseignement apostolique; on ne la prend pas telle quelle, pour l'introduire bon gré mal gré dans les formules ecclésiastiques; elle a même tant perdu de son caractère philosophique et abstrait, pour entrer dans la définition du Christ, révélateur divin, que Ton a pu soutenir, sans choquer ouvertement la vraisemblance, qu'elle n'avait aucune attache avec la philosophie grecque et qu'elle procédait uniquement de la Bible et de la tradition biblique. En dépit des apparences, ce n'est pas l'idée du Christ que l'on adapte et que l'on sacrifie

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