IV
A LA FÊTE DES TABERNACLES. LES JUIFS
homicides du sanhédrin l'oblig-ent à s'éloigner de Jérusalem et l'empêchent d'y retourner après la seconde' ; malgré tout, c'est à Jérusalem que se prononcent les discours importants, et 1 on a vu pourquoi le discours sur le pain de vie a dû être tenu en Galilée ; nonobstant son désir de centraliser le ministère de Jésus à Jérusalem, Févangéliste ne pouvait faire abstraction complète du ministère galiléen. L'hypothèse d'une intention apologétique doit être considérée comme très vraisemblable. Cette intention ressortira même assez clairement dans la suite du présent chapitre : Jésus n'a pas été, comme le prétendent les Juifs, un novateur galiléen que l'obscurité même de son rôle ne permettrait pas de regarder comme le Messie ; il a été l'envoyé divin qui, dès l'abord et jusqu'à la fin, s'est adressé à toute la nation juive, dans la métropole du judaïsme. L'idée fondamentale est vraie : Jésus a réellement parlé à la nation juive, mais le développement de cette idée, dans le cadre johannique, n'est pas construit avec les données de l'histoire ; il se fait par une sorte d'induction symbolique et doctrinale dont les éléments ne sont pas matière de fait. La haine redoutable des Juifs qui paraît enlacer de ses projets meurtriers tout le ministère de Jésus a été aussi quelque chose de réel; mais, dans le quatrième Evangile, c'est un agent symbolique, l'ombre qui fait ressortir l'image lumineuse du Christ vérité ; ce sont les ténèbres qui ont voulu faire obstacle à la lumière. 11 ne faut pas reprocher à la lumière de n'avoir pas brillé davantage, car elle a rayonné autant qu'il était possible au milieu de cette obscurité, et les ténèbres, qui ont pensé un moment l'éteindre, n'ont jamais pu contenir son essor victorieux-.
C'est à ce point de vue idéal qu'il faut apprécier l'indication : « Il ne voulait point parcourir la Judée parce que les Juifs cherchaient à le faire périr. » Il n'y a pas lieu de chercher comment la haine des Juifs peut être encore si vivace après dix-huit mois, ni même pourquoi Jésus qui échappera à la poursuite de ses ennemis pendant la fête des Tabernacles et celle de la Dédicace, comme il y a échappé lors de la seconde Pâque, a laissé passer un si long temps sans se rendre à Jérusalem. Les arguments tirés de la vraisemblance historique ne vont pas à l'encontre d'une donnée dont le caractère est tout autre. Jean, d'ailleurs, n'a pas dit positivement, et peut-être
a-t-il évité de dire que Jésus n'était pas allé à Jérusalem pendant les dix-huit mois qui ont précédé la fête des Tabernacles ^ Il ne laisse pas entendre davantage que Jésus soit resté en Galilée pour retarder le conflit inévitable entre lui et les chefs de la nation - : le Christ johannique provoquera lui-même le conflit quand l'heure sera venue, et il n'a pas besoin d'autre raison pour attendre. Ne cherchons donc pas pourquoi le Sauveur, qui n'a pas assisté aux fêtes précédentes, se rendra à la fête des Tabernacles. Jésus, dit-on, devait aller à cette fête parce qu'il avait néglig-é la Pâque-''; mais l'évangéliste lui-même a démenti cette conjecture, en faisant déclarer d'abord au Sauveur qu'il n'ii ait pas non plus à la fête où u ses frères » se rendaient ; il aurait donc pu s'en dispenser. La dernière Pâque, où Jésus n'est pas allé, a eu son discours comme les autres, et il n'en faut pas plus pour l'illustrer dans l'Évang-ile ; les fêtes qui vont suivre et que Jésus passera à Jérusalem sont des points d'attache suffisants pour les enseignements que l'auteur veut donner encore. Le ministère de Jésus doit s'achever à Jérusalem. En indiquant la fête des Tabernacles comme point initial de cette période, l'évangéliste annonce l'intention de la traiter largement. La fête est pour lui l'occasion apparente qui doit conduire Jésus à Jérusalem, et il ne faudrait pas croire qu'il ait voulu prêter au Sauveur un zèle particulier pour la célébration des fêtes juives. Jésus va aux fêtes, non pour observer la loi de Moïse, mais pour se manifester à Israël.
La fête des Tabernacles durait primitivement une semaine; un jour de réjouissance avait été ensuite ajouté, de façon à former une octave^; le premier jour et le huitième étaient les plus solennels. Cette fête qui avait été, à l'origine, une fête agricole, après la récolte des fruits, était demeurée très joyeuse, sans être cependant profane. Les <( frères » de Jésus, c'est-k-dire les personnages dont il a été déjà question k propos des noces de Cana, invitent le Sauveur à se rendre à Jérusalem pour la solennité. On les voit ici dans un rôle tout à
1. Ce n'est pas une raison pour admettre que le Christ serait allé à Jérusalem pour la Pâque, après la multiplication des pains, comme le supposent Maldonat et d'autres commentateurs.